La liste des vaccins proposés contre le SARS-CovV2 s’allonge… Quelles techniques utilisent-ils ? Comment les conserver ? Comment les administrer ? Quelques repères et réflexions pour s’y retrouver…

Tout d’abord, réjouissons-nous sans réserve de pouvoir bénéficier si rapidement de vaccins aussi efficaces dans un laps de temps aussi court ! En effet, dès la fin du mois de décembre, à peine un an après le début de la pandémie, de l’isolement du virus et de son séquençage, le vaccin ARN messager (mRNA) de Pfizer/BioNtech a été enregistré en Europe pour les personnes à partir de 16 ans, suivi début janvier par celui de Moderna et à la fin du même mois par le vaccin recombiné d’Astra Zeneca. D’autres viendront… En effet, 41 candidats vaccins seraient en phase 1, 22 en phase 2 et 19 en phase 3 sans compter de nombreux en phase pré-clinique !

De quels vaccins s’agit-il ?

Seul le vaccin chinois à virions entiers inactivés mérite le qualificatif de « traditionnel », tous les autres étant issus du génie génétique avec pour objectif d’induire des anticorps spécifiques contre la glycoprotéine de surface «Spike » (S) du virus afin de bloquer sa liaison avec le récepteur ACE2 des cellules de l’hôte.

Schématiquement, ces vaccins peuvent être placés dans trois catégories :

  • les vaccins vivants recombinés

L’ARN messager du SARS-CoV 2 codant pour S est transcrit en ADN. Cet ADN est inséré dans un virus vecteur non pathogène pour l’homme (adénovirus de chimpanzé par exemple pour le vaccin Astra Zeneca). Ce vecteur « recombiné » cultivé in vitro est injecté et peut exprimer l’antigène S chez l’homme, mais il ne peut pas se répliquer.

C’est également le principe du vaccin russe Spoutnik V qui se révèle très efficace et dont l’enregistrement serait envisagé par l’Agence européenne du médicament (EMA).

Le vaccin développé par l’Institut Pasteur était de ce type, avec le virus vaccinal de la rougeole comme vecteur. Son immunogénécité étant pour l’instant jugée insuffisante, l’associé industriel Merck de l’institut a jeté l’éponge.

Le seul vaccin « recombiné » à usage humain était jusqu’à présent celui contre la maladie à virus Ebola (MVE) utilisé lors des dernières épidémies de MVE.

  • les vaccins « sous-unitaires » recombinants

La protéine S est ici exprimée in vitro par un vecteur viral (un baculovirus) dans lequel est inséré le brin d’ADN spécifique selon la même technique que précédemment (vaccin Sanofi par exemple). Cette protéine antigénique est purifiée, adjuvée et injectée à l’homme. Il s’agit du même principe que celui de la fabrication du vaccin contre l’hépatite B.

  • les vaccins à ARN messager (mRNA)

Cette approche vaccinale est indubitablement la plus innovante. Le gène du mRNA codant pour l’antigène S est injecté à l’homme et exprime la protéine S directement à travers les ribosomes des cellules, sans passer par le noyau.

Pourquoi les vaccins mRNA sont-ils arrivés si vite sur le marché, au grand étonnement de certains qui semaient parfois le doute sur le sérieux de leur développement ?

En fait, depuis une dizaine d’années déjà, plusieurs laboratoires, dont BioNtech en Allemagne et Moderna aux États-Unis, travaillaient sur cette technique très innovante du mRNA qu’ils maîtrisaient. Le mRNA avait déjà induit une très bonne réponse immunitaire lors la mise au point de vaccins contre d’autres virus dont le développement n’a pas été poursuivi (Zika par exemple). Devant l’urgence de posséder un vaccin pour faire face à la pandémie actuelle, ces laboratoires ont immédiatement appliqué la technique au virus SARS-Cov-2 avec succès. Par chance, dès les phases 1, ces vaccins se sont révélés très immunogènes, au-delà de toute espérance !

Quant aux études d’efficacité (phase 3), elles ont tout simplement bénéficié de la très forte incidence de la covid-19 pour fournir des résultats si rapides.

La bonne tolérance de ces vaccins, démontrée tout au long du développement clinique, est désormais corroborée par le suivi des millions de doses déjà administrées dans le monde.

Leur production industrielle (réplication du brin de mRNA sans obligation de cultures virales) est facile et permet une production rapide en très grande quantité. Leur inconvénient majeur est leur extrême fragilité. Bien que protégés par des nanoparticules lipidiques, ils doivent être conservés à des températures négatives (-80°C pour le vaccin Pfizer BioNtech) depuis le lieu de production jusqu’aux sites de vaccination, ce qui rend la logistique difficile. Les vaccins qui suivront ne nécessiteront qu’une chaîne de froid classique à température positive, facilitant ainsi leur utilisation en particulier dans les pays en développement.

Quelques mots sur la stratégie vaccinale

L’objectif final est évidemment d’atteindre une couverture vaccinale la plus universelle possible pour interrompre la transmission et donc la circulation du virus. Nous pourrions alors reprendre une vie normale. On en est encore loin ! En effet, si les vaccins disponibles sont très efficaces pour prévenir les cas cliniques de la maladie, formes graves incluses, les données sont encore insuffisantes pour savoir avec certitude s’ils empêchent l’implantation du virus au niveau du tractus respiratoire supérieur et, donc, s’ils sont efficaces contre les formes asymptomatiques.

Compte tenu de l’état des connaissances…et du nombre de doses de vaccins à notre disposition, la stratégie vaccinale retenue en France qui, à quelques variantes près est d’ailleurs pratiquement la même dans tous les pays occidentaux, me semble être la bonne. Avant tout, l’objectif actuel de la campagne est de sauver des vies. D’où la vaccination prioritaire des personnes les plus à risque de contracter des formes graves pouvant être mortelles : non seulement les personnes âgées vivant en Ehpad mais aussi toutes les personnes de plus de 75 ans et celles présentant des comorbidités.

Bien sûr, la vaccination des soignants est également capitale et l‘idéal serait de vacciner rapidement tout le personnel sans limite d’âge, mais le succès de cette campagne de vaccination qui débute sera évidemment tributaire du nombre de doses disponibles. Il faut souhaiter que l’approvisionnement en vaccins devienne vite conforme aux prévisions… ce qui n’est pas actuellement le cas ! Nos dirigeants sont optimistes. Espérons qu’ils ne se trompent pas…

Pour le moment, les différents mutants qui sont apparus ne semblent pas avoir une grande interférence sur l’efficacité des vaccins. Il faut surveiller de très près ce problème, un risque potentiel loin d’être négligeable.

En conclusion, la couverture vaccinale universelle « salvatrice » n’est pas pour demain ! L’estimation totale du nombre de doses disponibles pour le monde entier en 2021 est de 5 à 6 milliards au maximum. Dans le partage de ces doses, les pays à faibles revenus ne devraient pas être oubliés. L’OMS et l’alliance du vaccin GAVI ont lancé l’initiative Covax (Covid-19 Vaccines Global Access) avec l’objectif de sécuriser deux milliards de doses pour ces pays à un prix abordable d’ici la fin de l’année. 2021.

Le virus va donc continuer à circuler à travers le monde pendant encore un long moment sans que nous puissions nous affranchir des mesures barrières. Mais la mortalité due à la maladie devrait régulièrement et fortement diminuer.

Pierre Saliou, SFMTSI