Assemblée Générale 2020 de la SFMTSI

La SFMTSI a réglementairement tenu son Assemblée Générale Ordinaire pour entendre et proposer au vote des adhérents les rapports moral et financier pour les activités 2019. Compte tenu de la situation sanitaire, cette réunion s’est déroulée en fin d’année 2020 et les présentations ainsi que les votes se sont tenus en distanciel.

Diaporama présenté lors de cette assemblée

2021-02-23T11:28:17+01:00

Manuel de Parasitologie et de Mycologie de la Société Africaine de Parasitologie (SoAP)

Cet ouvrage en trois tomes est destiné à la formation de base en parasitologie et mycologie des étudiants en sciences médicales et pharmaceutiques des universités d’Afrique subsaharienne. Son contenu, agrémenté de 548 photos et schémas à 80 % originaux, est conforme aux maquettes de cours de ces institutions francophones. Le tome 1 (782 p.) traite des maladies parasitaires endémiques en Afrique et le tome 2 (338 p.) des affections mycosiques.

Le plan de ces tomes a été conçu et validé par les professeurs titulaires de parasitologie et mycologie des pays membres du Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement Supérieur (CAMES). Le tome 3 (325 p.) est consacré, d’une part, au diagnostic biologique des parasitoses et mycoses et, d’autre part, à l’étude des animaux et champignons venimeux et vénéneux. Les chapitres ont été rédigés par les professeurs titulaires et maîtres de conférences agrégés de parasitologie et de mycologie de la Société Africaine de Parasitologie (SoAP). Chaque chapitre a été relu et corrigé par au moins trois autres enseignants. Les données épidémiologiques évoluant rapidement grâce à l’impact de la lutte contre les maladies les plus endémiques et de nouvelles méthodes de diagnostic étant en développement, l’ouvrage sera périodiquement actualisé.

Pr Hervé Menan, Vice-Président de la SoAP, Responsable de l’équipe de coordination

Téléchargement :

Manuel de Parasitologie et de Mycologie (societeafricainedeparasitologie.org)

2021-02-22T23:18:17+01:00

Le rapatriement sanitaire par transport aérien médicalisé à usage civil et militaire

Avec le soutien de la SFMTSI.

Elsevier Masson
464 pages

Edouard Obadia et Olivier Cha

Le développement des rapatriements sanitaires aériens médicalisés a rendu indispensable une médecine spécifique répondant à des contraintes particulières telles que les variations de pression dans la cabine en altitude, l’absence de renfort médical, un espace confiné et une évaluation paraclinique très limitée. Cet ouvrage expose le cadre législatif et réglementaire lié au transport aéroporté, donne les clés de la prise en charge des pathologies des appareils circulatoire respiratoire, neurologique et digestif, détaille les techniques et ressources nécessaires.
Fruit du travail d’experts civils et militaires, il s’adresse à tous les soignants impliqués dans le transport aérien médicalisé et aux médecins désireux de découvrir cette spécialité.

2021-02-22T23:46:55+01:00

Un kit de communication sur le Covid-19

Vous avez besoin de communiquer sur le Covid-19 en Afrique subsaharienne ? Un adhérent de la SFMTSI a produit pour l’Organisation Ouest Africaine de la Santé un kit de communication en accès libre (9 vidéos, 5 affiches, 4 posters, 1 flyer, 1 Q&R), avec le soutien d’Expertise France et de la Croix-Rouge Française.

http://www.sante-afrique.fr/strategie-videos-affiches-posters-sensibilisation-26-prevention-covid-19.html

2021-02-23T11:30:11+01:00

Tu aimeras les microbes comme toi même

Une lecture proposée par Geneviève Milon, adhérente de la SFMTSI.
Editions du Collège de France
81 pages

Philippe Sansonetti

Si l’histoire a prouvé que l’existence de bulles sans microbes était possible, à quoi ressemblerait un monde sans microbes ?

Entre représentations utopiques et faits scientifiques, Philippe Sansonetti retrace l’épopée des microbes, de leur découverte en 1674 jusqu’à nos jours, et invite à réfléchir sur le regard que nous portons sur ces êtres vivants apparus il y a 3 milliards et demi d’années, Paraphrasant l’évangile selon saint Matthieu – tu aimeras ton prochain comme toi-même-, il nous alerte sur les dangers de l’appauvrissement en cours de la diversité microbienne. S’il faut maitriser les microbes pathogènes, il faut également préserver les microbes indispensables à l’équilibre du vivant et de la planète. Cette perspective nécessite des changements drastiques dans nos approches médicales, vétérinaires et environnementales.

2021-02-23T11:31:55+01:00

Il y a 10 ans, un virus proche du SARS-CoV-2 circulait déjà au Cambodge

2 février 2021, 11:10 CET  www.theconversation.fr

Alexandre Hassanin

Maître de Conférences (HDR) à Sorbonne Université, ISYEB – Institut de Systématique, Evolution, Biodiversité (CNRS, MNHN, SU, EPHE, UA), Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

En novembre et décembre 2010, des chercheurs de l’ISYEB (Institut de systématique, évolution, biodiversité du Muséum national d’Histoire naturelle) ont exploré plusieurs sites au nord du Cambodge sur invitation de l’Unesco et des autorités cambodgiennes.

L’objectif était de mieux caractériser la biodiversité des chauves-souris de la région du temple de Preah Vihear. Cette mission a permis de collecter des données sur un grand nombre d’espèces de chauve-souris incluant huit espèces du genre Rhinolophus.

Aujourd’hui, ce genre de chauve-souris intéresse au plus haut point les scientifiques, car il constitue le réservoir des Sarbecovirus, le groupe de la famille des coronavirus contenant les virus humains SARS-CoV et SARS-CoV-2, respectivement responsables de l’épidémie de SRAS en 2002-2004 et de l’actuelle pandémie de Covid-19. Or, à l’époque, ces chercheurs avaient eu l’idée de contacter l’Institut Pasteur du Cambodge (IPC) afin de permettre des études virologiques sur les chauves-souris capturées.

Après avoir été conservés pendant 10 ans dans un congélateur à -80 °C, ces échantillons ont récemment été testés par les chercheurs de l’IPC dans le but de détecter des Sarbecovirus. Pari gagnant puisque deux échantillons trouvés positifs par PCR (Polymerase Chain Reaction, test similaire à ceux que nous connaissons bien aujourd’hui) ont ensuite été envoyés à l’Institut Pasteur de Paris pour séquençage de leur génome complet.

Photographies illustrant la chauve-souris Rhinolophus shameli,

Photographies illustrant la chauve-souris Rhinolophus shameli, l’entrée de la grotte où nichait une importante colonie de cette espèce et la forêt-clairière à proximité du lieu de capture. Alexandre Hassanin, Author provided

C’est ainsi que nous avons pu décrire deux variants d’un nouveau virus proche du SARS-CoV-2 chez deux chauves-souris de l’espèce Rhinolophus shameli capturées en 2010 dans une grotte de la province de Steung Treng.

Ils ont été nommés RshSTT182 et RshSTT200, « Rsh » faisant référence à l’espèce de chauve-souris et « STT » à la province d’origine.

Les résultats de cette nouvelle recherche sont en libre accès sur le site bioRxiv en attendant la revue par les pairs. Cette pratique est aujourd’hui très utilisée afin de transmettre rapidement de nouvelles connaissances à propos de la pandémie de Covid-19.

Chez les chauves-souris, les virus apparentés au SARS-CoV-2 sont présents au Yunnan et en Asie du Sud-Est continentale.

La découverte de ce nouveau virus au nord du Cambodge est importante, car il s’agit du premier virus proche du SARS-CoV-2 trouvé en dehors de la Chine (93 % d’identité génomique : 27 819 identiques sur les 29 913 bases alignées des deux génomes). En effet, tous les virus précédemment décrits avaient été détectés chez des animaux collectés en Chine. Ils comprennent deux virus découverts chez deux espèces de chauves-souris attrapées au sud de la Chine dans des grottes de la province du Yunnan : RaTG13 (96 % d’identité avec SARS-CoV-2) et RmYN02 (94 %) respectivement isolés à partir de Rhinolophus affinis et Rhinolophus malayanus. Par ailleurs, deux autres virus plus divergents (90 et 85 % d’identité avec SARS-CoV-2) ont été trouvés chez des pangolins de l’espèce Manis javanica saisis par les douanes chinoises dans les provinces de Guangdong et Guangxi.

Le nouveau virus du Cambodge a été détecté chez Rhinolophus shameli, une espèce de chauve-souris endémique de l’Asie du Sud-Est. Il est important de noter que la distribution géographique de cette espèce ne déborde pas sur la Chine et en particulier le Yunnan où ont été trouvés les virus RaTG13 et RmYN02.

2021-02-22T22:10:17+01:00

Les enfants asymptomatiques sont de grands propagateurs du paludisme

Par Esther Nakkazi

[KAMPALA] Les enfants d’âge scolaire ne présentant pas de symptômes du paludisme pourraient servir de super-propagateurs de la maladie. Une observation qui pourrait ouvrir un nouveau chapitre dans la lutte contre le paludisme.

Les nouvelles conclusions d’une étude menée en Ouganda ont été publiées lors de la réunion annuelle virtuelle de l’American Society of Tropical Medicine and Hygiene le 18 novembre.

« Il est très utile de comprendre qui transmet le paludisme. Ceci est particulièrement important dans les zones où la lutte contre le paludisme est efficace », déclare Teun Bousema, co-auteur de l’étude et professeur d’épidémiologie des maladies infectieuses tropicales, spécialisé en biologie et épidémiologie du plasmodium falciparum au Radboud University Medical Center aux Pays-Bas.

« D’une certaine manière, notre étude est un modèle de ce à quoi on peut s’attendre dans d’autres pays où la lutte contre les moustiques est très efficace », Chiara Andolina, Radboud University Medical Center, Pays-Bas.

Teun Bousema confie à SciDev.Net que les responsables des programmes de contrôle ont besoin de savoir si le paludisme peut réapparaître et qui, dans la communauté humaine, peut provoquer des infections par les moustiques. Cela afin d’aider à déterminer quand la lutte contre la maladie peut devenir moins rigoureuse ou quand la résurgence est très improbable.

« D’une certaine manière, notre étude est un modèle de ce à quoi on peut s’attendre dans d’autres pays où la lutte contre les moustiques est très efficace. Le paludisme ne disparaîtra pas complètement. Il persistera dans certaines populations », ajoute Chiara Andolina, co-auteur de l’étude et doctorante au Radboud University Medical Center, qui a présenté les résultats lors de la réunion.

« Nous avons maintenant la première preuve directe que même dans les endroits soumis à un contrôle très intensif du paludisme, un petit nombre de super propagateurs asymptomatiques peut tranquillement maintenir la transmission – et les trouver et les traiter pourrait se révéler très difficile. »

Les chercheurs ont évalué la transmission du paludisme chez les enfants présentant des symptômes de paludisme et chez ceux qui n’en présentaient pas dans le district de Tororo, à l’est de l’Ouganda. La zone a été ciblée par des mesures de lutte antipaludique, notamment la distribution régulière de moustiquaires imprégnées d’insecticide, la pulvérisation rémanente d’insecticides à l’intérieur des locaux et l’accès à des médicaments antipaludiques efficaces.

Les chercheurs ont effectué des tests réguliers pour rechercher des preuves de parasites du paludisme sur 531 personnes, y compris des enfants âgés de 5 à 15 ans sur une période de 24 mois.

Immunité

Selon les résultats présentés lors de la réunion, un enfant d’âge scolaire qui ne présentait aucun symptôme malgré le fait qu’il hébergeait sept variétés différentes du plasmodium falciparum, le parasite du paludisme, « était responsable de 24,7 % de toutes les infections de moustiques observées ».

« Dans cette étude longitudinale unique, nous constatons que les infections asymptomatiques chez les enfants d’âge scolaire sont responsables de la majorité des événements de transmission ultérieurs », ajoute l’étude.

Teun Bousema explique : « Ils sont sujets aux infections et conservent leurs infections plus longtemps car ils ont un certain niveau d’immunité qui empêche les symptômes mais pas l’infection. »

« Les initiatives “écoles sans paludisme” peuvent avoir un impact important. Non seulement pour les écoliers, mais aussi, comme nous le montrons, pour la communauté au sens large, car ils sont des vecteurs importants de l’infection », ajoute-t-elle.

Chiara Andolina affirme que ces enfants peuvent être facilement les cibles d’interventions telles que la distribution de médicaments qui peuvent les empêcher de contracter les parasites, car ils sont facilement accessibles dans leurs écoles.

Lauren Cohee, spécialiste des maladies infectieuses pédiatriques à la faculté de médecine de l’université du Maryland aux États-Unis, affirme que les résultats offrent un aperçu de la lutte contre le paludisme.

« Le niveau de transmissions pouvant être provoquées par un petit nombre d’individus hautement infectieux est surprenant et peut ouvrir un nouveau chapitre pour la lutte contre le paludisme », ajoute cette dernière.

Mais Lauren Cohee explique que le critère utilisé pour mesurer les interventions de lutte contre le paludisme a toujours été le nombre de vies sauvées ou le nombre de décès évités.

« Bien qu’il s’agisse clairement d’une mesure essentielle, les décideurs politiques devraient tenir compte de l’impact des interventions de contrôle sur la transmission », ajoute l’universitaire.

La version originale de cet article a été produite par l’édition de langue anglaise de SciDev.Net pour l’Afrique subsaharienne.

Référence
Chiara Andolina and others Longitudinal assessment of the human infectious reservoir in an area under intensive malaria control: persisting infectiousness to mosquitoes and super spreaders (The American Society of Tropical Medicine and Hygiene Annual Meeting, 18 November 2020)
2021-02-22T22:08:11+01:00

Et enfin un moyen de prévention du VIH pour les femmes ! Anneau vaginal de dapivirine

Prof Jared M Baeten, MD  Thesla Palanee-Phillips, PhD Nyaradzo M Mgodi, MMed Ashley J Mayo, MSPH Daniel W Szydlo, MSc Gita Ramjee, PhD † et al.

Contexte

Deux essais cliniques de phase III ont montré que l’utilisation d’un anneau vaginal mensuel contenant 25 mg de dapivirine était bien tolérée et réduisait l’incidence du VIH-1 chez les femmes d’environ 30% par rapport au placebo. Nous visions à évaluer l’utilisation et la sécurité de l’anneau vaginal de dapivirine (DVR) dans des environnements ouverts avec des taux de fond élevés d’infection par le VIH-1, une étape importante pour la mise en œuvre future.

Méthodes

 

Nous avons fait un essai d’extension en ouvert de phase 3B du DVR (MTN-025 / HIV Open-label Prevention Extension [HOPE]). Les femmes séronégatives pour le VIH-1 et ayant participé à l’essai de phase 3 MTN-020 / ASPIRE se sont vu offrir 12 mois d’accès au DVR dans 14 centres de recherche clinique au Malawi, en Afrique du Sud, en Ouganda et au Zimbabwe. A chaque visite (mensuelle pendant 3 mois, puis une fois tous les 3 mois), les femmes choisissaient d’accepter ou non l’offre de la bague. Les anneaux utilisés et retournés ont été testés pour les quantités résiduelles de dapivirine comme marqueur de substitution pour l’adhérence. Des tests sérologiques VIH-1 ont été effectués à chaque visite. Les quantités de dapivirine dans les anneaux retournés et l’incidence du VIH-1 ont été comparées aux données de l’essai ASPIRE, et la tolérance a été évaluée. Cette étude est enregistrée auprès de ClinicalTrials.gov, NCT02858037.

Résultats

Entre le 16 juillet 2016 et le 10 octobre 2018, sur 1756 femmes évaluées pour l’admissibilité, 1456 ont été inscrites et ont participé à l’étude. L’âge médian était de 31 ans (IQR 27–37). Au départ, 1342 (92 · 2%) femmes ont choisi de passer le DVR ; l’acceptation de l’anneau était de plus de 79% à chaque visite jusqu’à 12 mois et 936 (73 · 2%) des 1279 ont choisi de prendre l’anneau à toutes les visites. 12530 (89 · 3%) des 14034 anneaux retournés avaient des quantités résiduelles de dapivirine compatibles avec une certaine utilisation au cours du mois précédent (> 0 · 9 mg libéré) et la quantité moyenne de dapivirine libérée était plus élevée que dans l’essai ASPIRE (de 0 · 21 mg ; p <0 · 0001). L’incidence du VIH-1 était de 2 · 7 pour 100 personnes-années (IC à 95% 1 · 9–3 · 8, 35 infections), comparée à une incidence attendue de 4 · 4 pour 100 personnes-années (3 · 2–5 · 8) parmi une population appariée sur l’âge, le site et la présence d’une infection sexuellement transmissible du groupe placebo d’ASPIRE. Aucun événement indésirable grave ou événement indésirable de grade 3 ou plus observé n’a été évalué comme étant lié au DVR.

Interprétation

L’adoption élevée et l’utilisation persistante dans cette étude d’extension ouverte soutiennent le DVR en tant qu’option de prévention du VIH-1 pour les femmes. Avec un nombre croissant de choix de prophylaxie contre le VIH-1 à l’horizon, ces résultats suggèrent que le DVR sera une option acceptable et pratique pour les femmes en Afrique.

 

Le financement

Le Microbicide Trials Network et le National Institute of Allergy and Infectious Diseases, le Eunice Kennedy Shriver National Institute of Child Health and Human Development et le National Institute of Mental Health, tous des composants des National Institutes of Health des États-Unis.

Publié : Février 2021

DOI:https://doi.org/10.1016/S2352-3018(20)30304-0

https://www.thelancet.com/journals/lanhiv/article/PIIS2352-3018(20)30304-0/fulltext?dgcid=raven_jbs_etoc_email

2021-02-22T22:35:36+01:00

« Éradiquer la poliomyélite est plus dur que prévu »

L’ingénieur français, Michel Zaffran, qui vient de passer la main à la tête de l’initiative mondiale pour l’éradication de cette maladie, revient sur les divers obstacles qui ont empêché l’accomplissement de cette mission.

Propos recueillis par Lise Barnéoud

Lorsqu’on propose à Michel Zaffran de prendre la tête de l’initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite, fin 2015, on lui dit : « Le boulot est quasiment fini. » D’abord réticent, cet ingénieur français, qui a commencé sa carrière dans l’énergie solaire avant de basculer dans les vaccinations au sein de l’Organisation mondiale de la santé (OMS,) finit par accepter de remettre sa retraite à plus tard pour tenter de « fermer le programme et maintenir un monde sans polio ». Cinq ans plus tard, pour l’année 2020, on dénombre 140 enfants contaminés par le virus sauvage et plus de 900 paralysies liées à la remise en circulation des poliovirus contenus dans les vaccins oraux. Un triste record pour la décennie. Cadet d’une famille de médecins et frère de l’écrivain Martin Winckler, Michel Zaffran passe ce mois-ci le relais à l’Irlandais Aidan O’Leary. Déçu, ce fervent défenseur de la santé publique l’est, assurément. Mais le retraité rotarien ne baissera pas les bras tant que la ligne d’arrivée de cet éprouvant marathon ne sera pas franchie.

On va y arriver, mais c’est plus dur que prévu. Pour éradiquer la polio, il faut que plus un seul enfant ne puisse servir de réservoir au virus, ce qui revient à vacciner pratiquement tout le monde. Tous les pays sont parvenus à éliminer le virus sauvage, sauf deux : le Pakistan et l’Afghanistan, un pays en guerre qui a été réinfecté par le Pakistan. Un nouveau plan stratégique sera présenté à l’Assemblée mondiale de la santé au printemps. Je pense que c’est notre dernière chance. Après, les bailleurs de fonds risquent de dire « stop ».

On pourrait arrêter le programme sans aller jusqu’à l’éradication du virus ?

Il n’y a aucune raison que le Pakistan ne parvienne pas à se débarrasser du virus, comme l’ont fait l’Inde ou le Nigeria. La pression internationale, notamment celle des pays du Moyen-Orient, est très forte aujourd’hui. Une fois que le virus sera éliminé au Pakistan, il ne réinfectera plus l’Afghanistan. Le problème, c’est qu’il n’y a pas que le virus sauvage : il va falloir gérer aussi les épidémies liées aux virus dérivés de la souche vaccinale. Ces virus proviennent du vaccin oral Sabin, le seul capable d’interrompre la transmission du pathogène, d’où son utilisation dans les régions où le virus circule encore [le vaccin injectable utilisé en France protège les personnes vaccinées mais n’empêche pas la transmission]. Or, ce vaccin contient des poliovirus atténués qui, donnés oralement, peuvent finir dans la nature et retrouver, de manière rarissime, leur virulence d’antan, grâce à des mutations.

Ces épidémies de virus dérivés de la souche vaccinale sont essentiellement liées à l’une des trois souches du virus, la souche 2, éradiquée à l’état sauvage depuis 1999. En conséquence, cette souche a été retirée des vaccins oraux en avril 2016. Comment cette souche 2 peut-elle encore paralyser en 2020 ?

Malgré de fastidieux efforts de vérification, des pays (la RDC, le Nigéria, probablement le Pakistan) ont continué à utiliser le vaccin trivalent (qui contient les trois souches du virus) après son retrait. Dans d’autres pays (la Somalie, la Syrie, les Philippines…), des souches 2 vaccinales étaient déjà en circulation dans l’environnement avant le retrait. Cela a conduit à un nombre croissant d’épidémies liées à cette souche, d’autant plus que ces régions présentent des couvertures vaccinales faibles. Or, nous n’avons pas le bon outil pour lutter contre ces flambées : nous nous servons d’un vaccin oral monovalent, qui contient uniquement la souche 2. Mais en réensemençant ainsi l’environnement, on crée de nouvelles épidémies. On court après le feu.

Un nouveau vaccin oral contenant la souche 2 (nVPO2) vient de recevoir une autorisation d’utilisation d’urgence de la part de l’OMS. Sera-t-il mieux adapté pour éteindre ces flambées ?

Oui, car, contrairement au vaccin monovalent précédent, il contient une souche modifiée génétiquement, plus stable. Elle présentera un risque beaucoup plus faible de revenir à une forme virulente. Ce vaccin va être utilisé dans les prochaines semaines au Liberia et en Sierra Leone. Avec l’espoir que nous puissions progressivement arrêter les flambées en cours mais, surtout, éviter d’en semer de nouvelles. On prévoit également d’ajouter une deuxième dose de vaccin inactivé injectable, synonyme de protection individuelle totale contre les trois souches.

L’introduction de la première dose de ces vaccins injectables a été un moment particulièrement compliqué au début de votre mandat… Oui, on avait forcé 126 pays à introduire une dose de vaccin inactivé, en leur disant qu’il y en aurait pour tous. Mais on s’est rendu compte finalement que les fabricants avaient été trop optimistes sur leur capacité à augmenter rapidement leur production : nous n’avions pas assez de vaccins. Nous avons donc dû fixer des ordres de priorité en fonction de l’urgence, ce qui a fâché certains pays, comme l’Iran, l’Egypte ou le Vietnam, qui n’étaient pas prioritaires. Nous avons alors essayé de promouvoir l’utilisation de doses fractionnées (qui consiste à injecter 0,1 ml, plutôt que 0,5 ml, et en intradermique, plutôt qu’en intramusculaire), car des essais cliniques démontraient une efficacité équivalente. Mais ni Sanofi ni Bilthoven Biologicals, les deux producteurs de vaccins inactivés, n’ont voulu retranscrire dans leur licence cette possibilité. Des pays comme l’Inde ont adopté cette approche, recommandée par l’OMS, mais beaucoup de pays ont refusé de le faire.

Les fabricants de vaccins n’ont donc pas joué le jeu ?

Fournir le programme d’éradication de la polio vient en compétition avec le marché des pays qui achètent eux-mêmes leurs vaccins et le marché du secteur privé. Evidemment, il est de l’intérêt des industriels de fournir complètement ces marchés-là. Les doses fractionnées représentent aussi, à terme, une réduction de leur marché. Notre relation avec les industriels a été tendue, mais ils ont fait de gros efforts pour augmenter ce qu’ils donnaient aux pays pauvres. Aujourd’hui, tous les pays sont servis. Et la deuxième dose sera disponible cette année à 0,75 dollar [0,61 euro] pour les pays soutenus par Gavi, l’alliance globale pour les vaccins et l’immunisation.

Le programme fait face à des résistances et des mouvements antivaccination, notamment au Pakistan et en Afghanistan. Comment sortir de cette impasse ?

Quand vous allez au Pakistan, les habitants ont des problèmes d’accès à l’eau, à la nourriture, etc. La polio, ce n’est pas leur premier problème de santé. Accepter qu’une équipe de vaccinateurs vienne dans votre maison et ne donne rien d’autre à vos enfants que des gouttes de vaccin alors qu’ils manquent de tout, cela crée une résistance d’une partie de la population. On est en train de développer une stratégie nouvelle : il faut que la vaccination soit encore davantage prise en charge par les communautés. Il faut aussi qu’on associe d’autres services de santé à ce programme, pour que ce ne soit pas juste la polio.

C’est l’une des critiques souvent formulées contre l’éradication : se focaliser sur une seule maladie alors qu’il y a tant d’autres problèmes à gérer, parfois plus urgents… Lorsqu’on est venu me chercher pour diriger ce programme, j’ai d’abord répondu que je n’étais pas un « éradicateur ». L’éradication est effectivement un programme extrêmement vertical, qui se focalise sur un objectif très précis. Dans les années 1990, alors qu’on se concentrait sur l’élimination de la polio, nous n’avons pas porté attention au fossé qui se créait entre les populations du tiers-monde et celles des pays riches sur l’accès aux vaccins de routine. D’une certaine manière, la création de Gavi en 2000, à laquelle j’ai participé, était un contrepoids au programme d’éradication de la polio. Cette initiative, plus horizontale, vise un accès équitable aux vaccinations de routine. Mais renforcer les systèmes de santé, ça n’attire pas les financeurs internationaux, contrairement aux programmes verticaux qui permettent d’avoir des résultats visibles et mesurables. Je crois que les deux approches sont nécessaires. Malheureusement, dans certains pays comme le Pakistan, on a trop forcé sur l’approche verticale.

Avec le recul, pensez-vous que c’était une erreur de lancer ce défi de l’éradication ?

La décision d’éradiquer la polio a été prise en 1988. Nous venions d’éradiquer la variole, c’était un énorme succès. Pour beaucoup, avoir un nouveau programme d’éradication était une manière de relancer la machine de la vaccination. Eliminer pour la deuxième fois de l’histoire humaine un virus montrerait la puissance de la vaccination. C’était un objectif extraordinaire, et il a été atteint dans 99 % du monde !

Après la polio, lancera-t-on d’autres programmes d’éradication ?

Certains trépignent en disant « quand est-ce que la polio sera finie pour lancer la rougeole ? ». Mais il sera très difficile pour le monde de la santé publique d’accepter le lancement d’un nouveau programme d’éradication avant un certain temps. Même les plus forts partisans de l’élimination, comme le Canada, l’Allemagne, le Royaume-Uni ou le Japon, seront réticents. Je dirais qu’il ne faut pas lancer de nouveau programme tant que les systèmes de santé d’une cinquantaine de pays n’ont pas été renforcés.

Lise Barnéoud.

Publié le 10 janvier 2021 à 18h30

https://www.lemonde.fr/sciences/article/2021/01/10/michel-zaffran-eradiquer-la-poliomyelite-est-plus-dur-que-prevu_6065803_1650684.html

2021-02-22T22:52:09+01:00

Juste une pilule d’épidémiologie

Luc Périno

Humeur du 24/01/2013, lucperino.com

Toutes les pilules de la 1ère à la Nième génération ont toujours eu comme effet secondaire néfaste de favoriser les accidents vasculaires (thromboses, phlébites, embolies, infarctus, AVC, etc.) Le risque est de 3 accidents vasculaires (AV) sur 10 000 avec les pilules de première et deuxième générations et de 4/10 000 avec les générations 3 et 4.

C’est pourquoi nous ne devions pas prescrire la pilule en cas d’antécédents familiaux ou personnels de phlébite ou AV quelconque et dans certaines anomalies génétiques de l’hémostase. L’autre contre-indication à la prescription de pilule est le tabagisme qui fait brutalement monter le risque d’accident vasculaire à 15 ou 20/10 000.

Sachant que le risque naturel d’AV est de 1/10 000 pour toute jeune femme, voyons les différentes façons de signifier l’augmentation du risque.

Les pilules de générations 1 et 2 multiplient par 3 le risque d’AV. Ces pilules augmentent donc le risque de 200 %. Les pilules G3 et G4 multiplient par 4 le risque d’AV. Elles augmentent donc ce risque de 300 %. Peu importe la génération du contraceptif, dans tous les cas, l’augmentation du risque est considérable. En thérapeutique, on ne parle pas de risque, mais toujours d’augmentation ou de diminution de risque.

Transformons-nous maintenant en avocat du diable, en vulgarisateur de l’épidémiologie, en contempteur des risques et en critique de nos bien modestes exploits pharmaceutiques.

Une jeune femme qui prend une pilule G1 ou G2 a 9 997 chances sur 10 000 de ne pas avoir un AV et cette chance tombe à 9 996 sur 10 000 avec une pilule G3 ou G4.

Une jeune femme qui fume et prend la pilule a 9 980 chances sur 10 000 de ne pas faire d’AV.

Je ne dis pas cela pour encourager toutes les femmes à fumer et à prendre la pilule sans aucune retenue ni précaution, car je serais un médecin assassin.

Continuons… Un médicament qui diminuerait de 50 % le risque d’AV aurait un succès commercial immédiat et ferait la Une de tous les médias. Il ferait passer le risque d’AV de 1/10 000 à 0.5/10 000 et la chance de ne pas en faire de 9 999/10 000 à 9 999,5 sur 10 000. Espérons seulement qu’un tel médicament n’ait pas trop d’effets secondaires, car son bénéfice serait vite inférieur à son risque.


Tous les médicaments
 prescrits aujourd’hui le sont pour des réductions de risque de l’ordre de 20% à 50% et ils ont le succès que vous savez !!

Alors pourquoi prescrit-on des pilules qui augmentent un risque de 200 % ou 300 % ? La question est évidemment stupide et la réponse réside dans le bénéfice social de la pilule. Ce bénéfice est-il si considérable qu’il doive faire oublier tous les risques ?

Non bien sûr, mais le bénéfice social est tel que les jeunes femmes qui viennent chercher la pilule et les médecins qui la leur prescrivent n’entrent pas dans ces subtiles considérations épidémiologiques. Là n’est pas leur préoccupation de l’instant.

Malgré ma démonstration que la pilule est « médicalement » et « épidémiologiquement » très dangereuse, les médecins ont une obligation sociale à la prescrire. Nous devons juste regretter qu’ils remplissent rarement leurs trois devoirs médicaux devant cette obligation sociale :

  • Demander à la jeune femme de ne pas fumer, car c’est le seul facteur vraiment tangible d’augmentation de risque.
  • Prescrire la pilule la plus ancienne, car la nouveauté à l’intérieur d’une classe pharmacologique existante est très rarement un gage de progrès réel.
  • Essayer d’encourager la pose d’un stérilet, car c’est une méthode contraceptive qui offre un rapport bénéfice/risque supérieur à celui de la pilule à tout âge.

Bibliographie

 

Baillargeon JP et coll

Association between the current use of low-dose oral contraceptives and cardiovascular arterial disease : A meta-analysis.

J Clin Endocrinol Metab., 2005 ; 90 : 3863-3870.

Blanco-Molina A, Monreal M.

Venous thromboembolism in women taking hormonal contraceptives.

Expert Rev. Cardiovasc. Ther.2010; 8 : 211–215.

Gourdy Pierre et al.

Hormonal contraception in women at risk of vasc ular and metabolic disorders: Guidelines of the French Society of Endocrinology.

Annales d’Endocrinologie 73 (2012) 469–487

Hannaford PC, Iversen L, Macfarlane TV,Elliott, Angus V .

Mortality among contraceptive pill users: cohort evidence from Royal College of General Pract itioners’ Oral Contraception Study

BMJ;340:c927, 2010

Haroche Aurélie

Les pilules contraceptives pourraient être directement à l’origine de cinq à six morts par an en France.
J.I.M. le 15/01/2013

Lidegaard O, Hougaard L, Skovlund CW, Skjeldestad F E, Lokkegaard E.

Risk of venous thromboembolism from use of oral contraceptives con taining different progestogens and oestrogen doses: Danish cohort study, 2001-2009.

BMJ 2011; Oct 25;34 3:d6423.

Lidegaard O, Lokkegaard E, Jensen A, Wessel Skovlun d C, Keiding N.

Thrombotic stroke and myocardial infarction with hormonal contraception.

N Engl J Med 2012; 366: 2257-66.

Manzoli L, De Vito C, Marzuillo C et al.

Oral contraceptives and venous thromboembolism. A systematic review and meta-analysis.

Drug Saf 2012; 35:191-206.

Raps M, Helmerhorst F, Fleischer K et al.

Sex hormone-binding globulin as a marker for the thrombotic risk of hormonal contraceptives.

J Throm b Haemost 2012;10:992-7.

Van Hylckama Vlieg A, Helmerhorst FM, Vandenbroucke JP et al.

The venous thrombotic risk of oral contraceptives, effects of oestrogen dose and proge stogen type: results of the MEGA case-control study .

Br Med J 2009; 339: b2921.

2021-02-22T22:51:23+01:00
Go to Top