Une catastrophe humanitaire se profile dans l’île, à cause d’une sécheresse probablement liée au changement climatique.

Madagascar… ses lémuriens, ses forêts tropicales, ses plages, ses récifs, ses palais royaux, son avenue des Baobabs…  Aujourd’hui, la réalité est toute autre : l’île est l’un des dix pays les plus pauvres au monde et sa population manque cruellement d’eau et de nourriture.

C’est dans le grand Sud de l’île, que la situation est la plus critique. Plus de 1 140 000 personnes vivent en ce moment même en insécurité alimentaire aiguë, 14 000 personnes sont en situation de catastrophe et plus de 500 000 enfants de moins de 5 ans souffriront de malnutrition aiguë d’ici avril 2022.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) alerte sur « une véritable catastrophe humanitaire » et estime que le nombre de personnes au bord de la famine doublera avant la fin de l’année.[1] Le PAM apporte une assistance d’urgence à environ  700 000 personnes par mois avec des distributions de vivres et de produits nutritionnels pour les femmes enceintes ou allaitantes et les enfants, mais il lui manque 69 millions de dollars pour pouvoir augmenter son aide dans le sud au cours des six prochains mois.

Pour le PAM, l’ONU, l’Unicef, ACF et MSF, entre autres, l’humanité vit là sa première crise climatique, même si la pire sécheresse que vit le pays depuis 40 ans est multifactorielle. Les sécheresses intenses qui se répètent depuis trois ans ont anéanti les récoltes et été fatales aux cultures de manioc, de maïs, de riz et de légumineuses. Selon l’agence des Nations Unies spécialisée pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 95 % des personnes confrontées à une insécurité alimentaire aiguë dans le Sud de Madagascar vivent de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche. La mauvaise répartition des faibles pluies a eu pour conséquence une extrême baisse des nappes phréatiques dans de nombreux districts, ce qui réduit l’accès à l’eau potable. L’insuffisance de pluies, la hausse des prix des denrées alimentaires, les tempêtes de sable, les cyclones, les bandes armées, l’insuffisance de l’accès à l’eau potable, ont créé une combinaison infernale qui a engendré une insécurité alimentaire et transformé l’eau en denrée rare.

Les femmes et les enfants sont les plus touchés par le manque d’eau et l’insécurité alimentaire. Au printemps, les données de dix districts du sud du pays montraient que les enfants ne bénéficiaient pas de l’apport alimentaire minimum nécessaire à leur développement physique. Sur l’ensemble des districts, près de 57 % de la population n’ont pas accès à des sources d’eau améliorées, autrement dit la majorité doit faire de longs trajets pour atteindre des flaques dans lesquelles elle puise de l’eau. Une grande partie de la population du sud, dont 90 % vit sous le seuil de pauvreté, a fui cette région.

Les cactus ne donnant plus de fleurs, donc plus de fruits, les femmes en sont réduites à faire cuire les feuilles, dépourvues de véritable valeur nutritive. Des petites filles de 10 ans sont contraintes au mariage contre quelque nourriture de survie pour le reste de la famille. Entre les tempêtes de sable rouge et les cyclones tropicaux de plus en plus nombreux, les invasions de criquets sont paradoxalement devenues une aubaine, car elles permettent momentanément de calmer la faim des enfants.

Plusieurs ONG ont lancé un appel en faveur de Madagascar lors de la COP 26 en novembre dernier, et le président malgache a alerté sur les conditions de vie dans son pays. Des organismes soutiennent des projets agricoles ou la pérennité de projets expérimentaux comme une irrigation par extraction de l’eau des nappes phréatiques via des pompes solaires, permettant de nourrir 15 familles. On peut également citer, par exemple, l’initiative d’une jeune Malgache, Marie Christina Kolo, qui s’est lancée dans la fabrication de savon utilisable avec ou sans eau, confectionné avec des huiles alimentaires usagées. Ou encore la Croix-Rouge Malagasy qui organise des formations pour les artisans sur la construction de maisons traditionnelles respectant les normes anticycloniques, ainsi que des ateliers de renforcement de capacité en eau, hygiène et assainissement des volontaires pour les préparer à la gestion des risques de catastrophe, au niveau régional et national.

Il faudra d’autres interventions de la communauté internationale pour aider Madagascar à faire face à une situation dramatique qui n’existerait pas, ou au minimum n’aurait pas cette ampleur, sans le changement climatique dont cette même communauté internationale est responsable.

Bernard Simon, Responsable Pole santé, DROI, Croix-Rouge française

Ansoumane Oulare, assistant technique, Croix-Rouge française

Laurence Emeraud, assistante technique, Croix-Rouge française

Les articles signés n’engagent pas la responsabilité de la SFMTSI

[1] Communiqué de presse du 2 novembre 2021.