Nous revenons sur la décision de l’OMS de lancer en Afrique un nouveau vaccin contre le paludisme, après la prise de position de spécialistes qui redoutent un impact négatif sur la prévention. Le débat est ouvert…

Nous avons présenté dans notre précédente newsletter le vaccin antipaludique RTS,S/AS01. Mis au point par la société GSK, ce vaccin est une avancée dans la lutte contre le paludisme à Plasmodium falciparum. Il est une bonne nouvelle après une quarantaine d’années d’annonces répétées de vaccins contre le paludisme et de réussites reportées à plus tard. Il a passé avec succès l’évaluation de phase 3. Il est recommandé par l’OMS pour les enfants vivant dans les zones endémiques en Afrique tropicale. Il nécessite l’injection de quatre doses à quatre mois d’intervalle chez des enfants âgés d’au moins cinq mois. Il permet une réduction de 30 % du nombre d’accès palustres graves pendant 12 à 18 mois chez les vaccinés par rapport à des témoins. C’est une efficacité modérée mais c’est au moins un début.

Un groupe de neuf chercheurs africains et européens a publié une tribune dans Le Monde qui pose d’importantes questions[1]. Cette tribune souligne le risque de faux sentiment de protection des parents ainsi que possiblement des soignants face aux accès fébriles (« puisque l’enfant est vacciné, cette fièvre, ce n’est pas du paludisme ») ainsi que le risque de démobilisation face à la prévention par les moustiquaires de lit. Elle précise le coût élevé de la vaccination (7 $ la dose auxquels il faut ajouter le coût de l’acte) et la difficulté d’organiser quatre injections en un an chez le même enfant. Ces chercheurs s’inquiètent d’une possible réorientation des fonds publics et privés destinés à la lutte contre le paludisme (moustiquaires imprégnées d’insecticide, tests rapides, traitements oraux par des antipaludiques efficaces) vers cette vaccination d’efficacité très relative. Cette tribune pose ainsi d’importantes questions en termes de santé publique et de risque de perte des acquis des quinze dernières années dans la prévention de la létalité palustre. La vaccination est peut-être une arme du futur mais elle ne doit surtout pas favoriser une réduction des moyens de prévention et de traitement du paludisme.

Pierre Gazin, SFMTSI

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[1] Paludisme : Pourquoi l’OMS recommande-t-elle un vaccin efficace à seulement 30 % ? Le Monde, 17 novembre 2021.