Le rôle de l’urbanisation dans la propagation des moustiques Aedes et des maladies liées a fait l’objet d’une très belle revue, suivie d’une méta-analyse, publiée dans PLOS Neglected Tropical Diseases par une équipe européenne qui souligne les difficultés méthodologiques d’une telle réflexion.

Cette revue visait à évaluer comment l’urbanisation liée à une croissance urbaine rapide, à une expansion non planifiée et à la densité de la population humaine affectent l’établissement et la distribution d’Aedes ægypti et d’Aedes albopictus et créent des conditions favorables à la propagation des virus de la dengue, du Chikungunya et du Zika.

Une recherche systématique a été réalisée début 2020, conforme aux directives PRISMA, à l’aide de 6 bases de données largement reconnues. Les termes de recherche étaient : « Aedes ægypti » ou « Aedes albopictus » ou « Aedes » et « dengue » ou « Chikungunya » ou « Zika » en combinaison avec « urbanisation » ou « densité de population humaine ».

Parmi les 523 études identifiées, 29 ont été analysées après application des critères d’inclusion et d’exclusion, une synthèse de la méthode suivie est présenté à la fin de ce document.

Les résultats sont détaillés dans un long chapitre en 3 parties « Influence de l’urbanisation sur l’écologie de l’Aedes. » puis « Impact de l’urbanisation sur la dynamique de transmission des maladies » et « Rôle de la densité de population humaine ».

Il y avait ainsi une association positive cohérente entre l’urbanisation et la distribution ou la densité des moustiques Aedes dans 14 des études et une relation forte entre l’abondance du vecteur et la transmission de maladie dans 18 études. L’urbanisation (définie par la densité de population ou par l’espace géographique artificiel) est corrélée à un risque et une abondance significativement plus élevés de moustiques Aedes par la fourniture de sites de reproduction favorables, un taux de développement larvaire et une durée de survie des adultes plus élevés. Le degré d’urbanisation et la densité de population sont significativement associés à un gradient constant d’incidence de la maladie. Une densité de population humaine supérieure à 1 000 habitants par kilomètre carré était associée à des niveaux accrus d’arboviroses dans 15 études. Les facteurs socio-écologiques peuvent, séparément ou conjointement, influencer la distribution spatiale des moustiques Aedes et la transmission de la maladie.

La variété des approches méthodologiques adoptées dans les articles inclus reflète l’interaction de multiples facteurs liant l’urbanisation aux aspects écologiques, entomologiques et épidémiologiques. Elle appelle également à une approche multidimensionnelle pour concevoir des interventions de santé publique efficaces. Historiquement, le recours à des outils de contrôle uniques n’a pas permis de lutter durablement contre le binôme « moustiques invasifs/virus pathogènes ». Les interventions ciblées doivent être guidées par des programmes de planification et d’éducation du public bien informés, pondérés par la capacité d’investissement de chaque zone concernée, en gardant à l’esprit que les techniques de lutte antivectorielle ne sont pas faciles à mettre en œuvre dans les milieux urbanisés en raison de la capacité de l’espèce à se développer dans un large éventail de sites de reproduction artificiels.

Le risque d’une transmission accrue de la maladie dans les contextes urbains exige le renforcement des programmes de surveillance active de la santé publique, assistés par une capacité de laboratoires de virologie moderne, pour un suivi efficace de la dengue et des arboviroses émergentes.

La principale limite de cette étude est liée à la validité (risque de biais) des études incluses. Plus précisément, l’urbanisation y est souvent définie par l’utilisation d’une dichotomie entre urbain et rural. Cela engendre une incohérence qui entrave la compréhension des changements. En raison de l’absence d’une définition globale de l’urbanisation, plusieurs études ont fourni leurs propres définitions, ce qui représente l’une des limites de l’étude. Le concept d’un « seuil » délimitant une zone urbaine par rapport à d’autres types de milieux de vie ignore la graduation des états pathologiques signalés entre, et au sein, des zones géographiques et passe à côté de la variation et du dynamisme qui sous-tendent ces populations.

L’utilisation de différentes méthodes dans les études incluses, souligne l’interaction des multiples facteurs liant l’urbanisation à des paramètres écologiques, entomologiques et épidémiologiques et la nécessité de prendre en compte une variété de facteurs pour concevoir des approches de santé publique efficaces.

Kolimenakis A, Heinz S, Wilson ML, Winkler V, Yakob L, Michaelakis A, Papachristos D, Richardson C, Horstick O. The role of urbanisation in the spread of Aedes mosquitoes and the diseases they transmit-A systematic review. PLoS Negl Trop Dis. 2021 Sep 9;15(9):e0009631. doi: 10.1371/journal.pntd.0009631. PMID: 34499653; PMCID: PMC8428665.

Point sur la méthode de cette méta-analyse

Parmi 523 études identifiées, 29 ont été analysées après application des critères d’inclusion et d’exclusion. Les variables explicatives utilisées étaient : densité de population humaine, croissance urbaine, espace géographique artificiel, construction urbaine et densité urbaine.

Les 29 études étaient publiées entre 2000 et 2019 : 12 ont été menées en Asie, 11 aux Amériques, 2 en Afrique, 2 en Europe, et 2 étaient des études de modélisation dans des contextes géographiques élargis. Les études ont été réparties en 4 groupes en fonction de leur type : 8 études étaient des études écologiques ou des modèles écologiques ; 8 études étaient basées sur des méthodes de surveillance entomologique ; 7 études relevaient de la surveillance épidémiologique ; et 6 étaient des modèles spatiaux et prédictifs.

Ae. ægypti a été identifié comme le principal vecteur d’intérêt dans 14 études, et 5 études s’intéressaient principalement à Ae. albopictus, tandis que dans les 10 autres études portaient sur les deux espèces. La dengue était la principale maladie étudiée dans 25 études, tandis que le Chikungunya et le Zika étaient mentionnés en combinaison avec la dengue dans 4 études. Vingt-six études ont obtenu des scores d’évaluation de qualité (MMAT) « bonne » à « très élevée » , mais 2 ont été jugées de « faible qualité » , et 1 étude de « qualité modérée ».

Jean-Paul Boutin, Groupe d’intervention en santé publique et épidémiologie, GISPE

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