Cent ans après sa découverte, l’insuline, médicament peu coûteux à produire et qui sauve des vies est toujours inaccessible à plus de la moitié des malades dans les pays du Sud.

On commémorait en 2021 la découverte de l’insuline et de sera le tour en 2022 de la première injection de cette hormone vitale. En effet, le 11 janvier 1922, Leonard Thompson, un jeune diabétique de 14 ans, était le premier patient de l’histoire à se voir injecter de l’insuline pour traiter son diabète de type 1. 100 ans après cette découverte majeure, l’espoir qu’elle a suscité peine à se concrétiser dans de nombreuses régions du monde, dont l’Afrique, car l’insuline reste hors d’accès pour au moins la moitié des personnes qui en auraient besoin, y compris dans des pays riches comme aux États-Unis. Pourtant, l’accès aux soins et notamment à l’insuline est vital pour les personnes atteintes de diabète de type 1 (DT1). Le nombre de personnes atteintes de diabète est en forte progression et les besoins en insuline vont continuer à augmenter dans les prochaines années, notamment en Afrique où le diabète est en forte croissance. La Fédération internationale du diabète estime que plus de 70 millions de patients ont besoin d’insuline pour survivre ou assurer une prise en charge adéquate de leur diabète. Malgré ce besoin énorme, la disponibilité et l’accessibilité de l’insuline restent difficiles dans de nombreux contextes pour différentes raisons :

  • Les capacités de production mondiale restent concentrées entre les mains de trois producteurs, Sanofi, Novo Nordisk et Eli Lilly, ce qui empêche une réelle compétition et entraîne des répercussions sur l’approvisionnement et les prix de l’insuline. Au Mali, le prix d’un flacon d’insuline avoisine 7 euros alors que le salaire minimum dépasse à peine 50 euros. Une étude menée dans le pays a montré qu’une année d’approvisionnement en insuline absorbait plus de 17% des revenus d’une famille. Ces prix élevés représentent un obstacle majeur à l’accès à l’insuline. En Afrique, un enfant atteint de diabète, même diagnostiqué, a une espérance de vie qui se réduit à un an par manque d’accès à l’insuline. Ceci est d’autant plus révoltant que les coûts de production sont estimés à moins de 60 euros par an et par personne, et d’autant plus paradoxal que les inventeurs de l’insuline en ont cédé les brevets pour un dollar symbolique, en 1923.
  • Le coût de l’insuline est évidemment déterminé par le prix d’achat auprès des compagnies pharmaceutiques mais également par différents facteurs sur les scènes nationales des pays. Les prix sont ainsi, d’abord, influencés par les politiques fiscales en œuvre dans les pays et par les taxes sur les médicaments imposées par les gouvernements. Ils le sont, ensuite, par les marges légales à la vente dont bénéficient les différents acteurs, publics et privés, du schéma national d’approvisionnement des médicaments.
  • L’absence de prise en compte des maladies non transmissibles et du diabète par une majorité de bailleurs de fonds dans les pays en développement ne permet pas de mettre en place les politiques publiques nécessaires dans les pays pour assurer la prise en compte de la transition épidémiologique vers une prédominance des maladies chroniques et de ses conséquences sur le renforcement nécessaire du système de santé et des chaînes d’approvisionnement en médicaments.

Malgré les nombreuses difficultés qui persistent quelques mesures importantes ont été adoptées depuis peu avec tout d’abord l’ajout de l’insuline dans le programme de préqualification de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le Lancement du Pacte Mondial sur le Diabète de l’OMS et depuis le mois de juin 2021 l’adoption, après un plaidoyer très important des ONG (Santé Diabète, Health Action International, Médecins sans frontière et T1 International), par les États membres de l’OMS, au cours de la 74e Assemblée mondiale de la santé, d’une résolution historique, co-signée par la France, sur la lutte contre le diabète et notamment l’accès à l’insuline. L’Assemblée Nationale française avait adopté quelques semaines plus tôt une résolution pour que la France se mobilise pour assurer au niveau international un accès universel à l’insuline.

L’année du centenaire est riche en déclarations et en résolutions. Il va maintenant falloir qu’elles se transforment le plus rapidement possible en actes concrets qui permettront à tous les patients d’avoir accès à ce médicament vital qui assure leur survie !

Stéphane Besançon Directeur Général ONG Santé Diabète ([email protected])

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