Si les mots sont des outils de la pensée, amalgamant des attitudes très différentes l’expression « hésitation vaccinale » est un outil défectueux qui ne peut que forger des pensées erronées.

Nous pouvons regrouper les attitudes face à la vaccination en trois catégories.

L’hésitation, bien sûr. Hésiter face à un nouveau vaccin est-il blâmable ? Ne serait-ce pas preuve de réflexion, de sens des responsabilités et même d’esprit citoyen ? L’hésitation ne présage pas de la décision finale, la France en est un bon exemple. En décembre 2020, 60 % des Français pensaient qu’il était « probable » ou « certain » qu’ils ne se fassent pas vacciner contre le Covid-19, majorité qui s’est depuis convaincue de l’utilité et l’importance de la vaccination1. Cette évolution a probablement été spontanée, indépendamment de toute communication officielle, quand les vaccins contre le Covid-19 ont montré au fil des mois qu’ils protègent efficacement contre les formes graves de la maladie et que la balance bénéfice risque est nettement en leur faveur.

Après l’hésitation, une deuxième catégorie est la résistance, résistance fréquente lors du déploiement d’un nouveau vaccin, soit parce qu’il vient d’être créé, soit parce qu’il est nouvellement introduit dans une population. Les exemples sont nombreux et montrent que cette résistance prend racine dans les représentations culturelles, sociales et politiques. Le vaccin lui-même, un éventuel manque d’efficacité ou de possibles effets secondaires, ne sont jamais la source de ces méfiances ou oppositions. Citons, par exemple, la résistance à la vaccination par le vaccin oral contre la poliomyélite, accusé dans certaines régions du monde, comme le nord du Nigéria, le Pakistan et l’Afghanistan de stériliser les enfants, le rejet massif au Cameroun en 1990 du vaccin contre le tétanos, lui aussi accusé de stériliser les jeunes filles, les émeutes contre la vaccination antivariolique au Brésil en 1904 ou encore la résistance au même vaccin pendant la colonisation française de l’Algérie.

Surmonter les résistances est autrement plus difficile que de renverser les hésitations. Cela implique, d’une part, d’identifier et de comprendre les représentations de la population et, d’autre part, que l’agenda politique n’impose pas ses objectifs à une campagne de vaccination et, dans le domaine de la communication, que la parole politique n’écrase pas la parole de santé publique.

Une troisième catégorie d’attitudes est celle des « anti-vax » systématiques et des complotistes de tout bord, que rien ne convaincra jamais. Leur influence réelle sur les résistances à la vaccination est souvent surestimée. Si les « anti-vax » sont ceux qui parviennent à soustraire leurs enfants à la vaccination, les chiffres sont éloquents : la couverture vaccinale contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche était en 2015, par exemple, de 91 % au Burkina Faso, 91 % au Bénin, 90 % au Mali et 97,4 % à 98,3 % en France2.

En mélangeant dans un même concept ces trois catégories d’attitude, l’hésitation, la résistance et le complotisme, l’anglicisme malheureux « hésitation vaccinale » génère la confusion. Il stigmatise des hésitations légitimes, détourne l’attention de l’étude des représentations qui sont à la racine des résistances et offre, enfin, une caisse de résonance aux anti-vax.

Bernard Seytre, SFMTSI

Les articles signés n’engagent pas la responsabilité de la SFMTSI

  1. https://www.santepubliquefrance.fr/etudes-et-enquetes/coviprev-une-enquete-pour-suivre-l-evolution-des-comportements-et-de-la-sante-mentale-pendant-l-epidemie-de-covid-19#block-325952
  2. https://www.gavi.org/fr/programmes-et-impact/espace-pays/afrique?page=0, https://www.santepubliquefrance.fr/determinants-de-sante/vaccination/articles/donnees-de-couverture-vaccinale-diphterie-tetanos-poliomyelite-coqueluche-par-groupe-d-age