La Société de pathologie exotique (SPE) n’était pas une association préférentiellement orientée vers la chirurgie, à moins qu’elle ne fût tropicaliste. Elle a pourtant compté parmi ses membres d’éminents chirurgiens comme Claude Dumurgier, décédé le 23 février 2023 à Paris à l’âge de 80 ans après une carrière exemplaire marquée par une vaste compétence et un irréductible engagement.
Claude Dumurgier est un militaire “sorti du rang” : après un service national de 18 mois chez les chasseurs alpins et un passage par l’École d’infanterie de Montpellier, il intègre l’École du Service de Santé Militaire à Lyon. Interne des hôpitaux en 1971, il bénéficie de l’enseignement des professeurs Santy, Maillet, Mallet-Guy, Marion et Perrin. Puis il effectue son assistanat à Paris en urologie à l’Hôpital d’instruction des armées (HIA) du Val-de-Grâce et en orthopédie à l’HIA Bégin. Nommé chirurgien des hôpitaux militaires en 1979 et incité à préparer le concours d’agrégation, il préfère être affecté comme chirurgien-chef à l’hôpital de N’Djaména (Tchad) de 1979 à 1986. Malgré des conditions d’isolement et de précarité, il y acquiert une solide expérience en chirurgie polyvalente, surtout en chirurgie de guerre. En octobre 1986, il rejoint l’Institution nationale des Invalides à Paris comme chef du service de chirurgie et se perfectionne dans la prise en charge du grand handicap.
En 1996, il est affecté au Cambodge, au titre de la coopération dans le cadre du programme français de rénovation de l’hôpital Calmette et d’appui au système universitaire. Pendant 6 ans, il dirige le service de chirurgie où il retrouve les conditions de guerre lors des évènements sanglants de Phnom Penh en 1997. Dans le cadre des accord signés entre l’Université cambodgienne des sciences de la santé et deux universités françaises (Claude Bernard à Lyon et Victor Segalen à Bordeaux), il met en place un certificat d’études spéciale (CES) de chirurgie générale en langue française [2]. Quinze premiers étudiants sont diplômés en 2000. De nombreux autres suivront et bénéficieront de formations complémentaires (stages FFI) dans différents CHU français.
Claude Dumurgier termine sa carrière militaire en 2002 au grade de médecin général inspecteur. Il n’en continue pas moins à s’investir dans le développement de la chirurgie au Cambodge tout en participant bénévolement aux missions humanitaires de plusieurs ONG (Équilibres et populations, Ordre de Malte, Médecins du Monde, GEFMER) en Afghanistan, en Mauritanie, au Bénin, en République démocratique du Congo, au Rwanda, à Madagascar, au cours desquelles des milliers de femmes souffrant de fistules obstétricales sont opérées et retrouvent une vie normale [3].
La SPE a publié plusieurs de ses travaux effectués au Tchad [6] et au Cambodge [4,5]. Convaincu que la chirurgie est la grande oubliée des plans de santé mondiaux depuis 4 à 5 décennies alors que plus de 3 milliards d’individus n’y ont pas accès, il a proposé « La chirurgie pour combattre la pauvreté » comme thème central du Congrès international organisé à Haïphong en 2017 [1].
Claude Dumurgier était aussi membre de l’Académie nationale de chirurgie, de l’Académie des sciences d’Outre-Mer et de la Military Surgical Society au Royaume Uni. Ses mérites ont été récompensés par plusieurs décorations : Légion d’honneur (commandeur), Ordre national du mérite (commandeur), Médaille d’honneur du Service de santé des armées (bronze), médaille d’Outre-mer agrafe « Tchad ».
Héritière de la SPE, la SFMTSI présente à toute sa famille et à ses proches l’expression de ses condoléances et de son admiration pour le médecin exemplaire qu’il fut, fidèle à la devise de l’École de santé de Lyon : « Pro patria et humanitate ».
Yves BUISSON

Claude Dumurgier (encadré) lors du Xe Congrès international de la Société de pathologie exotique qui s’est tenu à Haïphong (Vietnam), du 8 au 10 novembre 2017 (crédit photo : Yves Buisson)
Références
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