L’augmentation de la production de riz et le développement de l’élevage de porcs pourraient favoriser l’émergence de l’encéphalite japonaise (EJ) en Afrique comme le propose Jennifer S. Lord dans une récente publication.

L’EJ, arbovirose due à un flavivirus transmis par les moustiques du genre Culex, a une distribution historiquement restreinte à l’Asie et l’Australasie. Cependant, des isolements de virus ont été réalisés ces dernières années en Europe et en Afrique. Un cas d’EJ lié à une transmission autochtone du virus a été signalé pour la première fois sur le continent africain en Angola en 2016. Le virus de l’EJ pourrait y avoir été récemment introduit par des oiseaux migrateurs ou des moustiques infectés ou bien pourrait avoir été maintenu depuis un certain temps à un faible niveau chez les oiseaux sauvages.

Comme le rappelle l’autrice, les facteurs limitant l’expansion géographique de l‘EJ et les circonstances permettant son émergence dans de nouvelles régions demeurent peu connus. Or on sait qu’en Asie, la survenue de l’EJ est associée à l’intensification de la production de riz et de l’élevage porcin, le porc étant un hôte amplificateur du virus. Jennifer S. Lord a donc utilisé les données libres de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) entre 1961 et 2019 afin d’évaluer si l’augmentation des surfaces agricoles consacrées à la production de riz et les changements dans l’élevage (augmentation de la production de porc par rapport aux bovins) étaient propices à la transmission du virus de l’EJ en Afrique.

Les résultats confirment que des superficies plus élevées de terres utilisées pour la production de riz d’une part et l’augmentation du pourcentage prévisible de repas sanguins effectués par les moustiques sur des porcs d’autre part, sont observées dans au moins 15 des 57 pays d’Afrique évalués, dont notamment la Côte d’Ivoire, la Guinée, l’Angola et le Bénin, constituant des conditions propices à l’émergence de l’EJ hors de son berceau historique. Malgré plusieurs limites détaillées dans l’article, il s’agit de la première étude évaluant le risque d’émergence de l’EJ en Afrique. La bibliographie fait bien le tour de la question.

Santé humaine, santé animale, modifications environnementales et activités humaines sont liées comme le démontre de plus en plus souvent les travaux de chercheurs qui nous invitent à promouvoir partout le concept « One Health, Vers une seule santé ».

Par ailleurs, on lira avec intérêt un travail publié par l’Institut Pasteur dans la même parution, qui décrit les préférences trophiques des Culex en zone rurale cambodgienne, données cruciales pour identifier les régions à risque pour l’EJ et affiner la mise en place de stratégies de lutte antivectorielle adaptées. Cette étude montre que malgré la préférence apparente de Culex vishnui, Cx. gelidus et Cx. Tritaenhyorhincus pour les bovins, l’analyse statistique suggère que leur cible principale serait les porcs. De plus, les résultats indiquent que les Culex se nourrissent également sur les chiens. Or, si ces derniers ne sont pas impliqués dans la transmission du virus de l’EJ ils pourraient donc être potentiellement utilisés comme indicateurs du risque d’infection pour l’homme.

Juliette Di Francesco, Médecin vétérinaire, Centre d’épidémiologie et santé publique des armées.
Jean-Paul Boutin, Médecin de santé publique, SFMTSI et GISPE.
Cet article engage ses auteurs et ne reflète pas nécessairement le point de vue de la SFMTSI.

 

Références :
Lord JS. Changes in Rice and Livestock Production and the Potential Emergence of Japanese Encephalitis in Africa. Pathogens. 2021, 10(3), 294. doi: 10.3390/pathogens10030294
Boyer S.; Durand B.; Yean S.; Brengues C.; Maquart P.-O.; Fontenille D.; Chevalier V. Host-Feeding Preference and Diel Activity of Mosquito Vectors of the Japanese Encephalitis Virus in Rural Cambodia. Pathogens 2021, 10, 376. doi: 10030376