Jean Jannin

Médecin Général de Santé Publique, le Dr Jean Jannin est président de la Société Francophone de Médecine Tropicale et Santé Internationale. Ancien coordinateur de l’Unité « Innovation et Intensification de la prise en charge des maladies » du Département des Maladies Tropicales Négligées de l’OMS, spécialement en charge des programmes de lutte contre les trypanosomiases africaines, les leishmanioses, la maladie de Chagas, l’ulcère de Buruli et le Pian (2005-2015), il est Docteur en médecine, lauréat de faculté de médecine de Paris, spécialiste en médecine tropicale et en santé publique. Il a exercé comme médecin des grandes endémies (Cameroun, Gabon, Tchad) puis chef du service de lutte contre la trypanosomiase humaine au Congo (1982-1991). Diplômé d’immunologie parasitaire, de léprologie, de médecine tropicale, de statistiques et d’épidémiologie, titulaire d’un DEA de santé publique (1991-Paris VI) et issu de l’École nationale de Santé Publique (1992), Jean Jannin a été Médecin Inspecteur de la santé publique de Seine Maritime (1992-1995), puis auditeur du Centre des Hautes Etudes sur l’Afrique et l’Asie modernes – Institut d’Etudes Politiques de Paris (1994-1995). Responsable du programme de lutte contre la trypanosomiase africaine à l’OMS, à Genève entre 1995 et 2005, il est co-fondateur de « Kids for World Health » (New-York) et secrétaire exécutif du réseau Francophone de lutte contre les Maladies Tropicales Négligées (AVIESAN).

Yves Buisson

Médecin, biologiste des hôpitaux des armées, professeur agrégé du Val-de-Grâce, membre de l’Académie nationale de médecine et membre associé de l’Académie nationale de pharmacie. Successivement chef du laboratoire de biologie clinique de l’hôpital d’instruction des armées du Val-de-Grâce et Titulaire de la Chaire d’Épidémiologie et de prévention dans les armées, puis directeur de l’Institut Pasteur du Cambodge, délégué général au Réseau International des Instituts Pasteur et instituts associés, chargé de mission auprès de la Fédération de recherche du Service de santé des armées, il fut l’avant-dernier directeur de l’Institut de médecine tropicale du Service de santé des armées (Le Pharo) à Marseille avant de diriger l’Institut de la francophonie pour la médecine tropicale à Vientiane, Laos. Il a présidé la Société de pathologie exotique de 2015 à 2018.

Jean Delmont

Professeur émérite en maladies infectieuses et tropicales à Aix-Marseille Université, Jean Delmont a accompli l’essentiel de sa carrière de médecin dans les services hospitaliers de l’Assistance Publique de Marseille. Outre-mer, il a servi au titre de la Coopération médicale française à l’Ecole de Médecine de Bamako (1971 – 1972) et à la Faculté des Sciences de la Santé de Bangui (1982 – 1990). Médecin tropicaliste, ses travaux de recherche, menés en Afrique tropicale et en France, ont surtout concerné l’épidémiologie, la clinique, le diagnostic et le traitement des maladies parasitaires et virales sévissant en milieu tropical ou importées en France. Pendant une trentaine d’années, il a été responsable pédagogique et coordonnateur d’enseignements diplômants en médecine et santé tropicales qui se sont déroulés à la Faculté des Sciences de la Santé de Bangui, à la Faculté de Médecine de Marseille et à l’Institut de Médecine tropicale du Service de Santé des Armées au Pharo. Membre de la Société de Médecine du Voyage il s’est investi dans la prise en charge et la prévention des pathologies des voyageurs et des migrants. Actuellement, il continue à dispenser sur invitation des enseignements dans des universités françaises et étrangères. Il est membre actif d’associations de solidarité internationale et participe à la vie de la Société Francophone de Médecine Tropicale et Santé Internationale qu’il présida de 2011 à 2014.

Pierre Ambroise Thomas

Né le 15 janvier 1937. Docteur en Médecine (Lyon 1963), Docteur d’Etat ès-Sciences (Lyon 1969), Admissible à l’agrégation de médecine (1965), agrégé de médecine, (parasitologie médicale, 1970). Docteur Honoris Causa de l’Université médicale de Shanghai (2002). Lauréat de l’Académie de médecine (1985).
Assistant des Facultés de Médecine (Alger 1959-1962; Lyon 1962-1969). Maître de conférences de parasitologie médicale (1970) puis, Professeur sans Chaire (1972), Professeur titulaire de la Chaire de parasitologie (1978) et Professeur Classe exceptionnelle (1989) à la Faculté de médecine de Grenoble. Externe des hopitaux d’Alger (1959-1962). Attaché des Hôpitaux de Lyon (1962-1969). Médecin-biologiste (1970) puis Médecin-biologiste Chef de service au CHU de Grenoble (1972-2004). Consultant au CHU de Grenoble (2004-2006).
Directeur d’Administration centrale (pharmacie et médicament) au Ministère de la santé (1987-1989).

Académie nationale de médecine: membre correspondant (1989) puis Membre titulaire (1999) et Président (2007)
Académie nationale de pharmacie: membre associé (2004).
Organisation mondiale de la santé: Expert de médecine tropicale et parasitologie (1974-).
Membre du Strategic and Technical Advisory Group on Neglected Tropical Diseases, auprès de la Directrice générale de l’OMS.
Missions d’enseignement ou de coopération médicale au titre de l’Organisation mondiale de la santé pour la lutte contre les grandes endémies tropicales (paludisme, maladie du sommeil, bilharzioses, etc.) dans plus de 50 pays d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique latine.
Vice-Président de la Fédération mondiale de médecine tropicale (2001-).
Membre de la Société de pathologie exotique depuis 1965 et Président (2007-2010).
Membre de 10 autres Sociétés savantes françaises et étrangères.
Président de section médicale du Conseil national des universités (1986-2000). Vice-Président du Comité des spécialités pharmaceutiques auprès de la Commission Européenne (1987-1989).
Président de la Commission hospitalo-universitaire de l’Académie nationale de médecine (2003-).
Directeur du Centre collaborateur OMS immunologie du paludisme. Grenoble. (1976-2001)
Directeur de l’Unité associée CNRS 5082. Grenoble (1989-2000).

Co-auteur du Dictionnaire Maladies infectieuses de l’Académie nationale de médecine,
Auteur ou co-auteur de
– 14 ouvrages médicaux publiés en français ou en italien, anglais ou espagnol;
– plus de 350 publications scientifiques (paludisme, maladie du sommeil, bilharzioses, parasitoses et mycoses des sidéens, envisagés sous l’angle physiopathologique, immunologique, diagnostic, thérapeutique ou prophylactique).

Pierre Saliou

Ancien élève de l’École du Service de santé des Armées de Lyon, est Docteur en Médecine depuis 1964. Après le stage à l’École d’application du Val-de-Grâce à Paris, il a été médecin d’unité aux forces françaises en Allemagne à Constance et à Baden-Baden avant d’être successivement Assistant (1969) puis Biologiste des Hôpitaux des Armées (1973).
Diplômé de microbiologie, d’immunologie (1969-1970) et d’épidémiologie (1971) de l’Institut Pasteur de Paris, il a été détaché de 1973 à 1977 au Ministère de la Coopération pour servir au Centre Muraz de Bobo-Dioulasso (Burkina Faso) comme chef de la section biologie.
De retour en France, il est affecté à Paris au laboratoire de biologie médicale de l’Hôpital Bégin (1977-1981) puis à celui de l’Hôpital du Val-de-Grâce (1981-1986) dont il devient chef de service en 1983.
En 1980, il a été nommé Professeur Agrégé du Val-de-Grâce dans la chaire d’épidémiologie.
De 1986 à 2003, il effectue une carrière de Directeur au sein du groupe devenu aujourd’hui Sanofi-Pasteur en y assurant diverses fonctions. Bio-épidémiologiste, il a effectué de nombreux travaux dans le domaine de la vaccinologie, tant sur le terrain en Afrique et dans les Armées que dans le cadre de ses fonctions bio-industrielles.
De janvier 2003 à décembre 2006, il occupe la Présidence de la Société de pathologie exotique.
Il préside depuis 2004 le Groupe d’Intervention en Santé Publique et Epidémiologie (GISPE). Il est le coordonnateur pédagogique du Cours international francophone de vaccinologie.
Membre titulaire de l’Académie des Sciences d’Outre-Mer, il est Chevalier de la Légion d’Honneur, Chevalier de l’Ordre National du Mérite et Chevalier des Palmes académiques.

Alain Chippaux

Alain, Claude, François Chippaux, frère de Claude, est né le 24 février 1928 à Paris. Combattant volontaire de la Résistance, il est blessé par balle en septembre 1944 au cours d’une mission. Il fait ses études de médecine à l’École annexe de Rochefort-sur-mer (1948-1949) puis à l’École du service de santé militaire de Lyon (thèse soutenue en 1954). À l’issue du stage à l’École d’application des troupes coloniales du Pharo (1955), il effectue son premier séjour à Brazzaville dans le service général d’hygiène mobile et de prophylaxie (SGHMP) d’octobre 1955 à septembre 1958. Dès son retour en France, il passe avec succès le concours d’assistanat des troupes de marine qui lui ouvre le « Grand Cours » de microbiologie à l’Institut Pasteur à Paris, d’octobre 1959 à juillet 1960.

Le médecin général inspecteur Marcel Vaucel, directeur des instituts Pasteur d’outre-mer (IPOM), lui confie l’ouverture et la direction du nouvel institut Pasteur de Bangui (Centrafrique), consacré à l’étude des arbovirus. Son épouse, médecin et diplômée la même année au même cours de l’Institut Pasteur, le secondera pendant les deux séjours (1960-1963 et 1963-1966). Reçu au concours de la spécialité des hôpitaux des armées en microbiologie en 1966, il est affecté au Pharo pour l’étude des arbovirus en Camargue et sur le littoral méditerranéen.

De 1971 à 1979, c’est l’ouverture (avec le docteur Jean-Jacques Salaün) et la direction en Côte d’Ivoire d’un nouvel institut Pasteur, voué à l’étude des principales maladies humaines à virus, dont la fièvre jaune, la rage ou la poliomyélite. Il rentre alors en France pour prendre la succession du docteur Robert Netter à la tête du département de contrôle des vaccins viraux et des produits dérivés du sang au Laboratoire national de la santé à Paris. Retraité du service de santé en 1990, médecin-chef des services hors-classe, il est alors recruté à l’Institut Pasteur à Paris au laboratoire des arbovirus jusqu’en avril 1994.

Membre de diverses sociétés savantes, notamment la Société de pathologie exotique dont il a été secrétaire général, puis président de 2001 à 2006, il est l’auteur d’articles et d’ouvrages sur les arbovirus, les vaccins et les vaccinations contre les maladies à virus, la santé publique ou les bonnes pratiques de sécurité au laboratoire.

Marc Gentilini

Né à Compiègne le 31 janvier 1929, il fit ses études secondaires au Collège des Jésuites de Reims où il débuta également sa médecine, qu’il poursuivit ultérieurement par l’externat et l’internat des Hôpitaux de Paris, en médecine interne, en assurant parallèlement un assistanat en parasitologie (M. Galliard et L. Brumpt). Il effectua son service national en Algérie (Hamada du Guir), au Soudan Français (Mali) à Gao et au Sénégal à Thiès.
Chef de clinique assistant des Hôpitaux de Paris, il fut nommé à l’agrégation en 1966 et, la même année, élu membre de la Société de pathologie exotique.
À l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, il occupa successivement les emplois de professeur de parasitologie, de santé publique et de clinique des maladies infectieuses et tropicales au Pavillon Laveran. L’ensemble de ces trois disciplines constitua une entité aux activités cliniques et biologiques complémentaires, conforté par la première unité de parasitologie de l’Inserm 313 à Paris sur le « paludisme et le sida en Afrique ». C’est du Pavillon Laveran de la Pitié-Salpêtrière que partit le ganglion dans lequel Jean-Claude Chermann, Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier isolèrent pour la première fois le virus du sida.
Élu Président de la Société de pathologie exotique, c’est au cours de son mandat qu’une cérémonie solennelle eut lieu à l’Académie de Médecine, en présence du Président de la République, en 1995, au cours de laquelle furent décernées trois médailles d’or au Médecin général LAPEYSSONNIE, à l’Inspecteur général Jean MOUCHET (de l’ORSTOM-IRD) et à Sœur Emmanuelle pour son œuvre au service des plus pauvres.
Marc GENTILINI, à la fin de son consultant des hôpitaux, fut élu Président de la Croix Rouge Française et exerça cette fonction pendant sept ans et demi, de juin 1997 à décembre 2004. Au cours de ses deux mandats, il créa et développa la direction des opérations internationales et, en liaison avec l’Organisation PanAfricaine de Lutte contre le Sida (OPALS), créée dès 1988, il mit en place, dans une dizaine d’États africains, les premiers centres de traitement ambulatoire des malades du sida en Afrique.
Président de l’Académie de médecine en 2008, membre du Conseil économique et social (2002 à 2013) où il rédigea un avis en 2006 sur la « coopération sanitaire française dans les pays en voie de développement ». Il est membre de la Commission nationale consultative des Droits de l’Homme (CNCDH), Président de l’Académie de l’eau (2002- et a été l’un des dix membres du premier collège de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE).

Pierre Pène

Le Professeur Pierre PÈNE a commencé sa carrière médicale à Bordeaux.
Ancien interne des Hôpitaux de Bordeaux, ancien Chef de Clinique, admissible à l’agrégation de médecine générale 1952, il a été détaché en octobre 1952 au titre de la coopération universitaire auprès de l’École de médecine de Dakar comme professeur suppléant des Écoles de médecine et assistant à titre hospitalier du Pr PAYET, alors Directeur de l’École de médecine.
Agrégé de médecine générale en 1958, Pierre PÈNE a été nommé en 1961 Professeur titulaire de pathologie médicale la Faculté de médecine de Dakar qui avait été créée en 1959. Le Professeur Pène a été nommé Directeur de l’École de médecine d’Abidjan qu’il a contribué à créer en 1964 avant d’être élu doyen de la Faculté de médecine d’Abidjan en 1967.
Professeur de clinique des maladies tropicales de la Faculté de médecine de Marseille en 1971, et Chef du service de médecine générale et tropicale de l’Hôpital Michel-Levy, il a dirigé de 1973 à 1983, l’UER de médecine et santé tropicale de l’Université d’Aix-Marseille, avant de devenir de 1983 à 1993, Directeur du Centre de formation et de recherche de médecine et santé tropicale qui a succédé à l’UER.
De 1978 à 1991, le Professeur PÈNE a été Chef du service des maladies infectieuses et tropicales au CHU de Marseille, à l’hôpital Houphouët-Boigny, tout en continuant à assumer la direction des enseignements des maladies infectieuses et tropicales auprès de la Faculté de médecine de Marseille.
Pendant sa carrière professionnelle à Marseille, le Professeur PÈNE a été, de 1975 à 1990, membre du comité consultatif des universités, expert de l’OMS pour l’éducation médicale et la santé tropicale de 1975 à 1985, membre du comité consultatif de la médecine militaire de 1973 à 1980, et consultant de la J. Macy Foundation de New York de 1975 à 1982.
Retraité de l’Université au 1er octobre 1993, le Professeur PÈNE est maire de Carry-le-Rouet depuis 1989, et 1er vice-président de la Communauté urbaine de Marseille depuis 2000.
Il a été élu membre de l’Académie nationale de médecine en 1988 et Président de la Société de pathologie exotique de janvier 1991 à fin décembre 1994.
Le Pr PÈNE est l’auteur de très nombreuses publications consacrées à la médecine et à la santé tropicale et de plusieurs ouvrages de médecine.
Il est également Commandeur de l’Ordre national de la Légion d’Honneur, Commandeur de l’Ordre national du Mérite, Commandeur de l’Ordre des Palmes Académiques et titulaire de nombreuses autres distinctions françaises et étrangères.

Henri Felix

Né le 25 septembre 1923 à Albertville en Savoie, Henri Félix fut admis à l’École du service de santé militaire de Lyon en 1942. Pas du tout “Maréchal nous voilà” comme il l’écrivit lui-même dans ses souvenirs publiés en 1998 par la Société de pathologie exotique, il interrompit rapidement ses études de médecine pour s’engager dans la Résistance. Après un séjour dans le maquis du sud de la Drôme en 1944, il rejoignit la 1ère Division française libre en Alsace comme adjudant infirmier.
Il reprit ses études en septembre 1945 et soutint sa thèse de doctorat fin 1948 à Lyon.
Après son stage à l’École d’application du Val-de-Grâce, il fut affecté à Sidi Bel Abbès en Algérie dans la Légion étrangère avant d’être muté en 1951 en Indochine, toujours dans la Légion. De 1951 à 1953, il passa 50% de son temps en opérations, plus périlleuses les unes que les autres.
À son retour d’Extrême-Orient, il se consacra à la médecine hospitalière. Il fut nommé par concours Assistant à l’hôpital Desgenettes à Lyon en 1954, puis Médecin des Hôpitaux en 1957. Il retourna alors en Algérie diriger le service de médecine de l’hôpital Baudens à Oran où, entouré d’une équipe d’internes dynamiques, il mena des travaux importants sur l’amibiase en particulier .
Agrégé du Val-de-Grâce en 1959, il retrouva l’hôpital Desgenettes à Lyon. Pendant 10 ans, il fut le chef incontesté des services médicaux et un enseignant hors pair dont purent bénéficier en particulier plusieurs générations de “Santards”.
Médecin-colonel, il quittera la carrière militaire par retraite anticipée en septembre 1969… pour entreprendre une carrière civile à Paris qui s’avérera tout aussi brillante.
Cadre supérieur dans un grand laboratoire pharmaceutique international, il y fut successivement affecté à la division de recherche fondamentale et thérapeutique dans le cadre des maladies infectieuses et tropicales puis conseiller de la direction générale jusqu’à 1993.
Il ne pouvait pas abandonner la clinique! Comment mieux le définir que le professeur Marc Gentilini qui écrivait dans la préface des Souvenirs d’Henri Félix en 1998: c’est “un homme de cœur, pas toujours facile à vivre au quotidien, car il a des convictions! Né pour la clinique de la sémiologie à la thérapeutique, il lui est resté viscéralement attaché pendant toute sa carrière”. Pendant 25 ans en effet, H. Félix fut le fidèle collaborateur de M. Gentilini comme attaché-consultant à mi-temps de l’Assistance publique de Paris dans le service des maladies tropicales du CHU Pitié-Salpêtrière.
Pendant ce quart de siècle, il ne cessa jamais d’enseigner. Il fit également de très nombreuses missions outre-mer, essentiellement en Afrique francophone, pour ses travaux, en particulier dans le domaine du paludisme, de la lèpre et de la bilharziose. Mais sa réputation de tropicaliste est essentiellement due à ses observations lors de l’épidémie de choléra en Afrique dans le début des années 1970 au cours de laquelle il démontra que la contamination interhumaine directe était évidente en zone sahélienne, le rôle de l’eau étant secondaire.
C’est tout naturellement qu’il s’investit pleinement dans la Société de pathologie exotique dont il était membre depuis 1961. Élu au Conseil d’administration en 1970, il effectua trois mandats de vice-président de 1974 à 1986 avant d’être président de 1987 à 1990.
Il fut impliqué dans près de 300 publications dans des revues médico-scientifiques dont 189 relèvent de l’infectiologie et de la pathologie tropicale.
Il prit sa retraite définitive en octobre 1994 à 70 ans.
Officier de la Légion d’honneur, Commandeur de l’Ordre national du mérite, Chevalier des Palmes académiques, il avait également reçu la Croix de guerre avec palme en 1945 et la Croix de guerre avec étoile de vermeil en 1953.
Il s’éteignit au Val-de-Grâce le 24 novembre 1998.

Guy Charmot

A venir.

Maurice Payet

Ancien interne des hôpitaux de Paris, ancien élève de l’Institut Pasteur, il accomplit la plus grande partie de sa carrière, d’abord à Madagascar (dont il était originaire), puis à Dakar dont, jeune agrégé de médecine générale, il est nommé directeur de l’École de médecine nouvellement créée, avant d’en devenir le premier doyen quand l’École sera transformée en Faculté, en 1958. Il quitte Dakar pour Paris en 1968 et joue un rôle important auprès du Professeur Pierre MOLLARET. à l’Institut de médecine et d’épidémiologie africaines Léon MBA à qui il succède comme directeur. Son œuvre scientifique concerne tous les domaines de la pathologie tropicale et de la pathologie générale des Africains.
Maurice PAYET a beaucoup œuvré pour la coopération médicale et universitaire entre la France et les pays d’Afrique; il a notamment fondé et dirigé, de 1961 à 1988, l’Association internationale pour la recherche et les échanges culturels (AIRMEC) et organisé, en 1981, à Agadir, le premier Congrès international de médecine tropicale en langue française, spécificité de la SPE.

Lucien Brumpt

A venir.

Paul Giroud

Né à Munet, dans l’Allier. Il fut successivement préparateur de Charles NICOLLE au Collège de France et chef de laboratoire à l’Institut Pasteur de Paris (1930-1934), de Tunis (1934-1935) puis à nouveau de Paris (1936-1938), chef de service adjoint (1938-1940) puis chef de service (1940). Il accomplit de nombreuses missions en Afrique. Spécialistes des rickettsies, on lui doit la mise au point, avec P. DURAND, d’un vaccin contre le typhus exanthématique à partir de rickettsies cultivées dans des poumons de rongeurs infectés par voie aérienne. Il travailla également sur un vaccin contre la fièvre pourprée des Montagnes Rocheuses, à la mise au point de tests de micro-agglutination permettant la différenciation des rickettsies, sur Chlamydia trachomatis et, d’une manière plus générale, sur un nouveau groupe de toutes petites bactéries qu’il appela néorickettsies (aujourd’hui chlamydiae après avoir été myaganawelles). Il avait été élu membre de l’Académie de Médecine en 1956. André DODIN disait de lui : “Courtois avec tout le monde, enthousiaste dans ses certitudes, toujours prêt à échafauder des hypothèses hardies, navigant sur le terrain entre la fièvre Q en Oubangui-Chari avec LE GAC ou au Rwanda avec JADIN, inventant les néorickettsies, il était titulaire de cinq cents publications”.

Francois Blanc

Provençal né à Ollioules, dans la banlieue de Toulon, dont il avait conservé l’accent savoureux, il s’était engagé en 1917 comme simple soldat. Il termina la guerre comme sous-officier avant de faire sa médecine à l’École de santé navale de Bordeaux. Désigné pour l’Afrique en 1925, il accomplit son premier séjour à Ségou, au Mali, où il fut confronté à la fièvre jaune. De retour en France, il fut reçu à l’agrégation du Service de santé, puis affecté de 1935 à 1940 à la mission française de Pékin où il put se familiariser à la pathologie singulière de cette Asie encore médiévale. Médecin consultant des Armées en Indochine de 1945 à 1948, il y compléta les vastes connaissances qu’il transmit ensuite à vingt promotions de médecins civils marseillais et militaires du Pharo, au cours d’une nouvelle carrière de clinicien enseignant où il excellait. Lors de la cérémonie de la remise de la médaille d’or qui lui fut décernée en 1976, il présenta, avec sa virtuosité habituelle, l’expérience qu’il avait acquise au cours de la guerre d’Indochine.
Son œuvre scientifique touche tous les domaines de la médecine tropicale d’Afrique et d’Asie: pathologie, thérapeutique, épidémiologie, sociologie… D’une immense culture, il nous a laissé de nombreux guides et traités qui englobent l’histoire de la médecine tropicale.

Marcel Vaucel

Discours de remise de la Médaille d’Or de la SPE (par M. François Blanc)
Mon Général,
Mon cher Maître,
Dans sa séance de juin 1967, à l’unanimité, le Conseil de la Société des pathologie exotique a décidé de vous décerner sa Médaille d’Or. Ce fut un choix facile, sans discussion; votre vie, vos travaux, vos titres imposaient cette distinction qui a été accordée six fois à des médecins étrangers, cinq fois à des médecins français, dont deux qui appartenaient au corps de santé des troupes coloniales.
Vous êtes né à Brest le 16 janvier 1894, fils d’un médecin de la Marine. Vous n’avez jamais envisagé qu’il pût exister d’autres carrières que celle de la médecine d’Outre-mer.
Élève du Service de santé de la Marine à Bordeaux, concours de 1912, vous appartenez à la génération qui servit – les études médicales non encore achevées – pendant 4 années de guerre dans l’Armée navale. Vous revenez à Bordeaux en 1919, décoré de la Croix de Guerre avec Palme, pour y achever vos études et c’est en 1920 le départ pour l’Outre-mer :
– Maroc en guerre 1920-1922;
– Mauritanie 1923-1925;
– vous suivez à l’Institut Pasteur de Paris le grand cours de 1925 à 1926. Vous êtes alors Médecin-Capitaine;
– Chef de Laboratoire à l’Institut Pasteur de Brazzaville de 1926 à 1928;
– puis vous revenez à l’Institut Pasteur de Paris de 1928 à 1929 dans le laboratoire du Professeur Mesnil. C’est là que je vous ai connu. Nous étions trois jeunes Médecins-Capitaines à suivre ce grand cours: Marneffe, Ott et moi-même. M. Girard était un ancien respecté, auréolé par ses travaux sur la peste. Paul Giroud, préparateur de M. Legroux, n’était pas encore possédé par le démon des Rickettsioses;
– vous retournez à l’Institut Pasteur de Brazzaville de 1929 à 1932 comme Directeur Médecin Commandant;
– puis, c’est l’Institut Pasteur d’Hanoï de 1933 à 1938. Chef de Laboratoire puis Directeur Médecin-Lieutenant-Colonel;
– de 1939 à 1942, Directeur du Service de Santé du Cameroun;
– enfin Directeur du Service de santé de l’Afrique Française Libre à Brazzaville de 1942 à 1944.
Nous savons tous dans le Corps de Santé Colonial combien votre attitude fut déterminante dans le ralliement de l’Afrique Équatoriale Française à la France Libre.
– Vous devenez Directeur du Service de santé des colonies dans le gouvernement d’Alger de 1943 à 1944 et vous resterez Directeur du Service de santé au ministère de la France d’Outre-mer à Paris jusqu’en 1950.
– En 1951, placé sur votre demande dans la Deuxième section de l’État-Major vous serez Inspecteur Général des Instituts Pasteur d’Outre-mer hors métropole jusqu’en 1967 où vous accédez à l’Honorariat.
Vous avez ainsi servi près de 40 années en Afrique et en Asie Tropicales avec de rares séjours dans la Métropole.
Votre œuvre scientifique est considérable. Celle d’un pastorien de la grande tradition. Vos contributions positives à la connaissance des grandes endémies et des maladies épidémiques tropicales sont des plus importantes, capitales dans certains domaines. Elles sont résumées dans plus de 100 communications, mémoires, rapports dans les congrès, ouvrages didactiques.
Il est peu de maladies africaines ou asiatiques sur lesquelles vous ne vous soyez penché en observateur attentif, en biologiste érudit, en expérimentateur ingénieux, en chercheur fertile.
La Trypanosomose Africaine à Trypanosoma gambiense vous a particulièrement retenu: répartition géographique de l’endémie, diagnostic clinique et biologique, thérapeutiques spécifiques.
Vous avez soumis aux analyses cytologiques et biochimiques le liquide céphalo-rachidien du trypanosomé et vous en avez tiré des applications remarquables : la division en deux périodes qui, si elles ne correspondent pas aux stades biologiques absolument, commandent aux thérapeutiques: le stade lymphatico-sanguin et le stade encéphalo-méningé sont des divisions dont la valeur pragmatique est encore indiscutée.
Vous avez consacré à la Trypanosomose plus de 20 articles ou mémoires.
Vous avez étudié le paludisme, cette grande maladie de base, en biologiste, en hygiéniste, en thérapeute, vous lui avez consacré 15 travaux et, à la demande de l’OMS, vous avez écrit deux monographies : Terminologie du Paludisme et Eradication du Paludisme.
La Mélioïdose, les Leptospiroses, le Typhus Murin, le Typhus Exanthématique, la Dysenterie Bacillaire vous ont sollicité en Indochine. Le premier vous avez soupçonné l’importance des leptospiroses en pathologie tropicale – ce que devait confirmer la guerre d’Indochine – et vous avez su apporter de l’origine tellurique de la Mélioïdose une démonstration ingénieuse.
Vous avez compris l’impérieuse nécessité de la vaccination BCG en Afrique Noire avant la grande expansion endémique d’aujourd’hui.
Pastorien, vous vous êtes naturellement penché sur la rage montrant l’identité du virus rabique de Brazzaville et du virus fixe de Paris.
Vous avez, avec Lwoff, étudié les infestations mixtes et les réaction immunitaires dans les Bartonelloses.
Je crois qu’il n’y a que l’Amibiase qui ne vous ait jamais sollicité et je n’en suis pas absolument sûr.
Votre monumental Traité de Médecine Tropicale en deux volumes et l’importante contribution à la Thérapeutique Médicale de Jean Cottet où vous avez écrit le chapitre des médications tropicales sont des ouvrages aujourd’hui classiques.
Ainsi, porté par vos travaux, vos recherches, vos activités professionnelles, vous avez accédé, tout naturellement, aux grandes instances médico-sanitaires nationales et internationales:
– Président de la Commission de la santé publique à la conférence Africaine de Brazzaville en 1944;
– expert et consultant de l’OMS vous avez présidé le Congrès de médecine tropicale de 1953 et effectué d’innombrables missions d’étude autour du monde;
– Président de la commission de la Lèpre au Ministère de la santé publique;
– membre de l’Académie des sciences coloniales;
– membre du Conseil supérieur d’hygiène publique;
– Président de la Société de pathologie exotique de 1962 à 1966;
– membre de l’Association des microbiologistes de langue française;
– Fellow honoraire de la Société royale de médecine tropicale et d’hygiène de Londres;
– membre associé de l’Académie royale belge des sciences d’Outre-mer;
– membre Honoraire de l’Académie de médecine de Lima (Pérou).
Cette magnifique carrière scientifique, médicale, militaire, administrative a été fertile, harmonieuse et homogène. Vous l’avez parcourue sans effort, comme en vous jouant, avec élégance.
Vous êtes un des rares Officiers Généraux du Corps de santé colonial qui, savant et technicien, soit arrivé à la Direction Générale.
Nul n’a jamais discuté de vos élévations et des multiples marques d’estime que vous avez reçues:
– Grand Officier de la Légion d’Honneur;
– Médaille d’Or des épidémies;
– Médaille de la Résistance;
– Commandeur de l’Ordre de Léopold;
– Dignitaire de nombreux Ordres Africains et Asiatiques.
Ceux qui ont servi sous vos ordres gardent le souvenir d’un chef courtois, calme, égal, juste, aux ordres précis et clairs, indulgent avec, parfois, la touche discrète d’une ironie sans méchanceté, un peu mélancolique quand l’incompréhension et la sottise vous heurtaient par trop.
Directeur du Service de Santé de 1943 à 1950, vous avez montré ce qu’était en vous l’homme profond, équilibré, sans passion, en ramenant la cohésion dans un Corps déchiré par les divisions nées de la Guerre, des Forces Françaises Libres, de la Résistance.
Vous avez su comprendre – et bien peu hélas l’ont su – que les affectations de nos Camarades dans le monde tropical ou en France ne pouvaient être tenues, a priori, pour des actes glorieux ou peccamineux et que la géographie seule avait commandé.
Votre carrière est belle, exemplaire, celle d’un savant, d’un soldat, d’un gentilhomme. Vous avez su faire naître des sentiments de respect, d’amitié déférente, d’admiration et chez quelques-uns, évidemment, d’envie mais sans amertume. Et je suis sûr ce soir d’être l’interprète de tous les Officiers du Corps de Santé Colonial, de ce Corps que vous avez si bien honoré en servant, comme vous l’avez fait, votre Pays, la Science, l’Humanité.
Le Président de la Société de pathologie exotique qui m’a donné de grandes joies m’a réservé ce soir la plus grande, celle de vous remettre la Médaille d’Or à l’effigie d’Alphonse Laveran que vous avez si bien méritée.

Nécrologie parue dans le Bulletin de la SPE

Le 12 mai 1969 j’avais l’honneur de remettre au Médecin Général Inspecteur Marcel Vaucel la Médaille d’or frappée à l’effigie de Laveran que, d’un vote unanime, le conseil de la Société de pathologie exotique lui avait décernée.
C’était au siège de l’UNESCO. Les Journées d’information sur les zoonoses s’achevaient par cette consécration heureuse des mérites et des travaux d’un des meilleurs tropicalistes de notre génération.
Les privilèges du président me donnaient la joie de résumer les belles étapes d’une carrière féconde qui paraissait à tous bien loin encore de son terme. Mais Vaucel savait que ce terme était proche, que ses jours étaient comptés. Il connaissait depuis deux ans l’inexorable de sa maladie.
Dans sa réponse à mon allocution il fut le Vaucel de toujours, simple, élégant, voilant sa discrète émotion par cette touche d’ironie légère et de bon aloi qui n’appartenait qu’à lui.
Vaucel est mort le 9 septembre 1969. Cette fin brutale et inattendue d’un homme en pleine activité, au sommet de sa courbe présente à nos jugements un caractère d’injustice et d’absurdité.
Les desseins de Dieu sont impénétrables et il est d’une philosophie bien vaine que d’épiloguer sur un destin. Mieux vaut essayer de tirer la leçon exemplaire d’une vie riche de dons exceptionnels.
Vaucel, né le 16 janvier 1894, à Brest, fils d’un médecin de la Marine, fut naturellement orienté vers la médecine d’outre-mer.
Entré à l’École du Service de santé de la Marine de Bordeaux en 1912, il servit de 1914 à 1918 dans l’Armée navale et revint à Bordeaux en 1919 décoré de la Croix de Guerre avec Palme.
En 1920, les études médicales achevées, ce fut le départ Outre-mer et les séjours tropicaux se succédèrent à une cadence rapide:
– Maroc en guerre de 1920 à 1922, sur les frontières des possessions espagnoles en pleine rébellion;
– Mauritanie de 1923 à 1925;
– 1925-1926, Grand cours de l’Institut Pasteur;
– 1926-1928, Institut Pasteur de Brazzaville, Chef de laboratoire;
– 1928-1929, Institut Pasteur de Paris;
– 1929-1932, Institut Pasteur de Brazzaville, Directeur;
– 1933-1938, Institut Pasteur de Hanoi, Chef de laboratoire. Directeur;
– 1938-1939, Guinée. Directeur du Service de santé;
– 1939-1942, Cameroun, création de la filiale pastorienne, déclaration de guerre;
– 1942-1943, Directeur du Service de santé de l’Afrique Française libre;
– 1943-1944, Direction du Service de santé des colonies du gouvernement d’Alger;
– 1944-1950, Direction du Service de santé du Ministère de la France d’Outre-mer;
– en 1951 placé sur sa demande dans la 2e section de l’État-Major;
– 1951-1967, Inspecteur Général des Instituts Pasteur d’Outre-mer puis Directeur Général des Instituts Pasteur hors métropole;
– Enfin Honorariat mais combien symbolique.
Vaucel a servi de 1912 à 1969 pendant 57 ans dont 40 hors de France, en Afrique, en Asie et au cours des deux grandes guerres.
Il est peu de chapitres de la pathologie africaine ou asiatique que Vaucel n’ai enrichis d’une contribution personnelle. Son œuvre est celle d’un biologiste, d’un clinicien et d’un hygiéniste toujours orientée vers l’application pratique.
La trypanomose africaine fut l’objet de ses études d’élection au Congo et au Cameroun.
Soumettant le liquide céphalo-rachidien des trypanosomés aux méthodes d’analyses cytologique, biochimique, biologique utilisées en neurologie il put envisager les deux étapes lymphatocio-sanguine et encéphalo-méningée qui, si elles ne correspondent pas absolument aux stades évolutifs de maladie commandent à leur traitement. Cette division toute pragmatique a conservé sa valeur comme les autres acquisitions positives dont nous lui sommes redevables dans les domaines de l’adaptation des trypanosomes animaux à l’homme, de la thérapeutique (Tryparsamide, Moranyl), des arséno-résistances, du choix du médicament spécifique.
Qu’avons-nous ajouté à ce bilan? L’électroencéphalographie et les diamidines à tire prophylactique que Vaucel ne pouvait connaître.
Sur le paludisme, partout présent dans les régions chaudes du monde, Vaucel s’est penché en hygiéniste chargé de la santé de vastes territoires.
Deux monographies de l’OMS sont son œuvre, simples et claires, faisant le point précis de questions souvent confusément exposées :
– terminologie du paludisme;
– éradication du paludisme.
Vaucel fut un des promoteurs de la vaccination systématique par le BCG étendue à toute l’Afrique Noire. Il eut, à Brazzaville, la vue prophétique du péril tuberculeux bien avant sa grande expansion actuelle.
Au Tonkin, leptospiroses et mélioïdose, jusqu’alors peu étudiées, offraient à sa sagacité de difficiles problèmes étiologiques et épidémiologiques. Il sut les résoudre. Reconnaissant d’abord que la leptospirose et très largement répandue dans toute l’Asie des moussons – ce que devait dramatiquement confirmer la guerre d’Indochine –, il isole, à côté de Leptospira icterohemorragiae, deux leptospires à potentialité pathogène extrêmement élevée, souches, hélas perdues avant leur identification.
Quant à la mélioïdose, maladie sporadique que sa gravité met à une place importante en pathologie humaine, il éclaira son épidémiologie par d’impeccables expériences mettant en avant le rôle des eaux et de la boue que suspectaient quelques cliniciens.
Pasteurien, Vaucel devait nécessairement étudier la rage – immense sujet mondialement prospecté et si riche encore d’inconnues. Il démontra à Brazzaville d’identité du virus local et du virus fixe de Pasteur.
La connaissance profonde de la fièvre jaune qu’il avait acquise en Afrique et en Amérique du Sud lui assura une autorité incontestée dans la création de l’Institut Pasteur de Bangui, destiné à l’étude à l’étude des arboviroses et dans l’édiction des mesures antiamariles à mettre en jeu à Dakar et en Ethiopie menacé par l’épidémie.
Enfin, Vaucel conduisait avec A. Lwoff dans le laboratoire de Félix Mesnil des études originales sur les bartonelloses de la souris.
Le virus spontané de l’animal normal et celui de l’animal splénectomisé sont deux variétés de Bartonella mursi différentes l’une de l’autre non par leur virulence, mais par leurs caractères immunologiques. Les Bartonella muris virulentes spontanées apparaissent chez la souris à la faveur d’infections mixtes à trypanosome ou à épérythrozoon. N’en serait-il pas de même chez l’homme dans la maladie de Oroya où Bartonella bacilliformis est peut-être associée à un épérythrozoon, vu, mais non identifié, par Noguchi.
Dans le domaine de l’hygiène, nous devons à Vaucel des rapports solides sur la condition de vie Outre-mer, l’effort humain sous les tropiques, l’action du Service de santé colonial.
L’œuvre dont nous venons de parcourir les principaux chapitres est exposée dans plus de cent communications mémoires, rapports dans les congrès.
Vaucel ne fut jamais chargé d’enseignement. Il n’occupa aucune chaire à l’École d’application de Marseille ou dans l’Université. Il croyait assez peu à la valeur de l’enseignement théorique de la médecine tropicale en France. L’expérience personnelle, lentement acquise Outre-mer, au laboratoire et à l’hôpital valant mieux à ses dires que la leçon théorique, souvent prononcée, en Métropole, par un tropicaliste tout occasionnel. Il est certain que cette opinion qui me paraissait excessive se confirme trop souvent aujourd’hui.
Son expérience personnelle, Vaucel nous l’a transmise dans son monumental Traité de Médecine Tropicale de 2.000 pages, devenu l’ouvrage de référence des étudiants et des tropicalistes de langue française dont il écrivit lui-même 62 chapitres.
Un exposé de l’œuvre de Marcel Vaucel serait bien incomplet s’il s’arrêtait aux seuls travaux du médecin. L’action du savant, du soldat et de l’administrateur sont indissociables.
Le 27 août 1940, le Cameroun se range sous l’autorité du Général De Gaulle. Faire entrer le Cameroun en guerre n’était pas une entreprise aisée comme le dira Orsini. Il n’existait dans ce territoire sous mandat aucune structure militaire, l’Armée y était réduite à une simple milice. Vaucel sut créer un Service de santé des troupes, une organisation territoriale et opérationnelle, des bases aériennes pour les forces du Tchad, une base de transit maritime.
Des difficultés plus grandes encore l’attendaient à Paris à la Direction du Service de santé de la France d’Outre-mer.
Le Corps de santé colonial déchiré par les dissensions créées par les dimensions mondiales de la deuxième Grande Guerre qui s’achevait était menacé dans son existence.
L’épuration, la loi de dégagement des cadres imposaient ou sollicitaient des mises à la retraite que beaucoup d’entre nous, lassés par d’absurdes injustices, souhaitaient.
La guerre d’Indochine rappelait l’Armée coloniale à sa mission.
Les colonies – le mot pouvait encore s’écrire – attendaient des réformes et des organisations nouvelles dans tous leurs départements techniques et administratifs.
Le problème du personnel médical nécessaire au Corps expéditionnaire d’Indochine à 90% colonial fut résolu par la création des Corps de santé auxiliaires.
Les « Services généraux d’hygiène mobile et de Prophylaxie » à autonomie administrative et financière prirent la charge de la trypanosomose – dans les régions où elle sévissait encore – puis progressivement de toutes les endémies : lèpre, tréponématoses, filarioses, schistosomoses, laissant aux services de l’Assistance médicale un rôle hospitalier statique.
Cette organisation a survécu à toutes les vicissitudes des États africains et de Madagascar ayant accédé à l’Indépendance et à une coopération dont Vaucel avait prévu dans le domaine médico-sanitaire et les cadres et le fonctionnement.
Vaucel accéda aux plus hauts grades militaires, aux grandes instances médico-sanitaires nationales et internationales, aux grandes sociétés scientifiques;
– Médecin Général Inspecteur des troupes coloniales;
– Président du Congrès international de médecine tropicale de 1953;
– Président de la Commission de la santé publique à la conférence africaine de Brazzaville en 1944;
– Expert et consultant de l’OMS;
– Président de la commission de la Lèpre au Ministère de la santé publique;
– Membre du Conseil supérieur d’hygiène publique;
– Président de la Société de pathologie exotique de 1962 à 1966;
– Médaille d’or de la Société de pathologie exotique, 1967;
– Membre de l’Association des microbiologistes de langue française;
– Fellow Honoraire de la Société royale de médecine tropicale et d’hygiène de Londres;
– Membre Associé de l’Académie royale belge des sciences d’outre-mer;
– Membre Honoraire de l’Académie de médecine de Lima (Pérou);
– Grand Officier de la Légion d’Honneur;
– Médaille d’or des épidémies;
– Médaille de la Résistance;
– Commandeur de l’Ordre de Lépold;
– Dignitaire de nombreux Ordres africains et asiatiques.
J’ai rencontré Vaucel pour la première fois au Grand cours de l’Institut pasteur en 1928-1929. Il rentrait alors de Brazzaville et travaillait dans le laboratoire de Félix Mesnil. Affable sans familiarité, réservé, un peu distant, déjà connu par ses recherches, il s’imposait tout naturellement comme un patron.
Je l’ai retrouvé directeur du Service de santé à la fin de la guerre quand s’organisait le Corps expéditionnaire d’Extrême-Orient. Le Médecin-Colonel que j’étais alors, suspect, menacé, aux lendemains incertains, livré aux singulières enquêtes de l’épuration rencontra en Vaucel le plus compréhensif des directeurs et je partis pour l’Indochine. Un an après mon retour, à propos d’un chapitre de son Traité, nous nous heurtâmes. Je crois que dans cette discussion j’avais apporté plus de passion que d’objectivité. La brouille ne pouvait durer, sa main me fut largement tendu : c’était fini.
Tous ceux qui servirent sous les ordres de Vaucel, tous ceux qui travaillèrent avec lui dans les Instituts Pasteur d’Outre-mer ou sur le terrain, gardent le souvenir d’une chef courtois aux ordres précis, calme, toujours égal à lui-même.
Ceux qui l’approchèrent davantage, dans une intimité que sa réserve rendait difficile à percer, découvrirent un homme à la vaste culture éclairée par un humanisme puisé aux pures sources latines.
C’est Vaucel seul qui ramena l’union dans le Corps de Santé Colonial. Bien peu, hélas, surent comme lui comprendre que les affections dans le monde tropical ou en France, au cours de la guerre, ne pouvaient être tenues a priori pour glorieuses ou infâmes, que la géographie seule avait commandé et que le concept manichéen un peu simple des bons outre-mer et des mauvais en France qui nous fit tant de mal, n’était pas acceptable.
L’oeuvre de Vaucel demeure vivante dans tous les domaines où s’exerça son activité: acquisitions définitives ou assises solides pour le futur. Cette oeuvre rappelle à tous les instants et avec tant de force l’homme qui nous a quittés que la parole de l’Apôtre vient naturellement aux lèvres: “Où est ta victoire ô Mort ?”.
Tel fut celui dont je viens d’essayer de retracer, assez mal je le redoute, la magnifique carrière dont les bouleversements de l’après-guerre n’infléchirent jamais la rectitude. Carrière de soldat, de savant, parcourue sans intrigue avec une élégance de grand seigneur.

Henri Galliard

Médecin et parasitologue né à Paris la veille de Noël 1891. Externe des hôpitaux de Paris, il fait la guerre de 1914-1918 comme médecin dans un régiment d’infanterie et est nommé chevalier de la Légion d’honneur à titre militaire. Il soutient sa thèse de doctorat en médecine en 1920 et, deux ans plus tard, devient assistant d’Émile BRUMPT au laboratoire de parasitologie de la faculté de médecine de Paris. De 1925 à 1935, il enseigne à l’Institut de médecine coloniale et à l’École de malariologie de Paris. Il participe à plusieurs missions en Corse, consacrées à l’étiologie et la transmission du paludisme. En 1931-1932, chef de travaux de parasitologie à la faculté de médecine de Paris, il participe à une mission d’enquêtes épidémiologiques au Gabon, portant sur le paludisme, la maladie du sommeil, la filariose et leurs insectes vecteurs.
Agrégé en 1933, il est nommé directeur de la faculté de médecine et pharmacie d’Indochine, à Hanoï, jusqu’à 1946, puis doyen honoraire en 1947. Au cours de cette période, il est vice-président du Conseil de recherches scientifiques de l’Indochine, membre de la commission de l’enseignement à la conférence d’hygiène rurale des pays d’Extrême-Orient, correspondant permanent du Conseil scientifique du Pacifique, professeur au cours de malariologie de Singapour.
En 1948, il donne des conférences à l’Université de Californie du Sud (Los Angeles); il est ensuite chargé de mission en Amérique centrale, puis au Pakistan (1950-1953). Enfin, il est nommé professeur de parasitologie de la faculté de médecine de Paris.
En 1958, il succède à G. GIRARD à la présidence de la SPE.
Il décède en 1979.

Georges Girard

Georges GIRARD est né à Isigny-sur-mer (Calvados) le 4 février 1888. Il entre à l’École de santé navale de Bordeaux et en sort licencié ès sciences et docteur en médecine en 1913. Il participe à la première guerre mondiale jusqu’à 1917; il est alors relevé et affecté à la base militaire de Diégo Suarez, base de tri pour l’envoi des tirailleurs malgaches en métropole. Peu après, il met en évidence des œufs de Schistosoma mansoni dans les selles de tirailleurs malgaches; cette maladie n’avait pas encore été décrite à Madagascar, et c’est là son premier travail présenté à la Société de pathologie exotique, dont il devient membre titulaire en 1922. À son retour en métropole, il fait un stage à l’Institut Pasteur et l’épidémie de peste qui survient alors dans la Grande île provoque son envoi à Tananarive pour prendre la direction de l’Institut de bactériologie, fondé en 1899 par THIROUX avec l’appui de GALLIENI, et devenu Institut Pasteur. Il va le moderniser et l’agrandir et en restera le directeur jusqu’en 1940. Outre la peste, qui suscite la terreur générale et mobilise son attention et sa technicité, il va étudier la pathologie malgache et en donner un aperçu dans un grand nombre de publications.
Selon A. DODIN, les travaux de G. GIRARD sur la peste peuvent se résumer en trois périodes. Il va d’abord démontrer la réalité de la peste pulmonaire qui était contestée et il en délimite l’ère d’extension. Il va ensuite préciser la relation entre la coutume du retournement (famadinha) qui veut que l’on change les linceuls quelques mois après la mort et l’apparition de bouffées épidémiques causées par les puces restées vivantes dans les linges du cadavre. Il va enfin mettre au point, avec J. ROBIC, un vaccin vivant à partir d’une souche atténuée de bacilles pesteux qui permettra le contrôle de la “Grande Maladie” pendant plusieurs dizaines d’années. COULANGES a pu constater que “la peste n’a pas donné la gloire à ceux qui en ont découvert les mécanismes. Ni YERSIN, ni P.L. SIMOND, ni GIRARD, ni ROBIC n’ont vu leur œuvre couronnée par un prix Nobel qui eût été pourtant bien mérité”. Dans une lettre à DODIN, G. GIRARD rétorque : “Jamais une telle idée ne nous serait venue à l’esprit. Les prix Nobel se décernent à des créateurs et nous sommes des continuateurs” (sauf SIMOND précisait-il).
À la suggestion de MESNIL, et avec l’appui du directeur du Service de santé de Madagascar (le médecin général THIROUX), G. GIRARD crée une filiale de notre société.
Il rentre en France en 1940, demande son congé d’armistice et prend tout naturellement la succession de DUJARDIN-BEAUMETZ à la tête du service de la peste, jusqu’à sa retraite en 1959. Tout en poursuivant ses cultures de bacilles pesteux, il va se consacrer à l’étude de la pseudo tuberculose chez l’animal et il sera le premier à mettre en évidence la réalité de la tularémie en France.
A. DODIN, qui le connaissait bien et l’admirait, le décrivait comme un homme méticuleux, précis et droit. Sa “rigueur toute scientifique qui lui avait permis d’aborder sans dommage physique, ni pour lui ni pour les autres, des maladies dangereuses… l’amenait parfois à paraître sévère, voire même dur avec son entourage”.

Léon Launois

Léon LAUNOY est né le 27 août 1876 à Saint-Maixent dans les Deux-Sèvres et a fait ses études à Paris. Licencié ès sciences naturelles et interne des hôpitaux en pharmacie à 23 ans, il a mené de front la dissection des grands mammifères au Muséum national d’histoire naturelle et les fonctions d’interne en pharmacie à l’hôpital de la Pitié. À cette époque, la biologie clinique n’avait pas encore pénétré dans les hôpitaux et les fonctions d’interne en pharmacie étaient bien différentes de ce qu’elles sont devenues: l’interne préparait les médicaments, presque tous des préparations magistrales ou surveillait leur préparation par du personnel subalterne; surtout, il suivait la visite du médecin chef du service auquel il était affecté, comme conseiller thérapeutique du médecin au lit du malade. Léon LAUNOY eut la chance d’être placé au service de BABINSKI et fut subjugué par l’enseignement du maître qu’il suivit pendant trois ans. À la même époque, il rencontra une personnalité bien différente, mais tout aussi exceptionnelle, en la personne de Jean-Henri FABRE qui allait lui aussi le marquer profondément, l’initiant à l’entomologie mais aussi à la poésie du félibrige. Ce séjour d’un mois seulement l’orienta vers l’action des venins qui lui fournirent le sujet de sa thèse sur les phénomènes nucléaires de la sécrétion; en allant la présenter, en 1903, au Pr DELEZENNE qui dirigeait le laboratoire de physiologie de l’Institut Pasteur, il rencontra, selon son propre avis, le troisième des maîtres auxquels il dut sa formation de chercheur. Engagé volontaire en 1914 comme simple soldat et attaché au laboratoire de la 10e Armée, il parvint à diagnostiquer, en mars 1915, la nature du gaz, le chlore, utilisé par les Allemands, ce qui lui valut la Croix de guerre et, en 1920, la Légion d’honneur à titre militaire.
Ce n’est qu’en 1938, cinq ans avant d’être atteint par la retraite, qu’il accède enfin à la chaire de zoologie de la faculté de pharmacie. Mais il avait su organiser ses recherches en dehors de l’Université: à l’Institut Pasteur, en devenant le collaborateur physiologiste attitré d’Ernest FOURNEAU et dans les Établissements Poulenc Frères dont les activités pharmaceutiques étaient dirigées par Francis BILLON; celui-ci lui demanda, en 1904, de l’aider à lancer une nouvelle revue financée par Poulenc Frères, Biologie médicale, ce qu’il fit avec enthousiasme. Il en resta le directeur scientifique jusqu’en 1957.
Entre les deux guerres, Léon LAUNOY fut l’un des premiers en France à concevoir l’importance de la statistique dans l’évaluation de la toxicité et à utiliser, à la place de la dose minimale mortelle, la dose létale 50 %, qu’il appliqua dans son laboratoire de contrôles industriels. Jusqu’en 1954, il a continué inlassablement l’étude biologique des molécules nouvelles; nous n’en retiendrons que son travail sur l’action préventive des nouveaux composés arsenicaux sur une trypanosomose expérimentale de la souris. En 1950, à l’âge de 75 ans, il entreprend, pour la première fois de sa vie, le voyage en Afrique occidentale pour aller sur place se rendre compte des conditions de la lutte organisée contre la maladie du sommeil.
Outre Biologie médicale, Léon LAUNOY collaborait à plusieurs revues scientifiques et était très soucieux du contact avec le public. Membre de l’Académie de pharmacie depuis 1917 et de la Société de biologie depuis 1918 (qu’il présida l’une et l’autre, respectivement en 1959 et en 1940), il fut élu à l’Académie nationale de médecine en 1949 et en suivit assidûment les séances jusqu’à quatre-vingt-treize ans, faisant preuve d’une énergie et d’une vitalité étonnantes, malgré les difficultés qu’il avait rencontrées dans sa carrière et les deuils familiaux qui attristèrent ses dernières années.

Adolphe Sicé

Le Médecin Général Inspecteur, Adolphe Sicé, qui fut notre Président de 1946 à 1950 est mort le 21 mars. Lorsqu’il y a quelques mois, pouvant échapper un instant à ses lourdes obligations, il venait ici participer à nos débats ou assister aux séances de notre Conseil, rien ne laissait présager cette cruauté du destin tant les années ne semblaient avoir de prise sur sa robuste constitution. Sa mort, connue dès l’abord par un bref communiqué de presse, jeta consternation dans les milieux où sa forte personnalité s’était imposée.
Né en 1885 à Saint-Pierre en Martinique d’une famille qui a compté dans la Marine et la haute Administration de nobles serviteurs de la France d’outre-mer, Sicé sort de l’École de Santé navale de Bordeaux en 1910, dans la promotion de son fidèle ami de toujours, le regretté J. Bablet. Le stage à l’École d’application de Marseille accompli, il fait campagne au Maroc dans les troupes qui délivrent Fez sous le commandement du général Gouraud. C’est à la célèbre division marocaine qu’il sert comme médecin de bataillon durant la grande guerre sur le front français où il est blessé en 1915. Puis ce sont ses débuts dans la vie coloniale. En Haute-Sanga (1916-1918), au Gabon (1920-1922), à Madagascar (192-1926), à Fort-Dauphin où il a été affecté, il fait d’intéressantes constations sur l’évolution de la peste dans cette province, sur la lymphangite endémique, sur le parasitisme intestinal dans le sud de la grande île qu’il communique à notre Société. À son retour en France, il effectue un stage à l’Institut Pasteur; il s’y perfectionne en protistologie au laboratoire de F. Mesnil. C’est à l’étude de la trypanosomiase avec laquelle il s’est déjà familiarisée en Haute-Sanga et au Gabon qu’il va se consacrer à l’Institut Pasteur de Brazzaville dont la direction lui est confiée. De 1927 à 1930, il s’attache tout particulièrement au problème de sa thérapeutique et souligne avec force l’imprécision des traitements standardisés appliqués sans le contrôle de la rachicentèse qu’il juge indispensable, même en pratique de brousse. Il rapporte, pour justifier sa thèse, maintes observations des plus convaincantes. Par ailleurs, il signale l’alternance de l’infection sanguine chez certains trypanosomés, l’intérêt de la recherche du pouvoir floculant du sérum des malades en présence d’extrait alcoolique de coeur, la disparition fréquente de l’alexine dans ces sérums; il tire d’utiles indications du dosage de l’albumine, du glucose et des chlorures dans le liquide céphalo-rachidien des sommeilleux. Toutes ces données qui s’ajoutent aux acquisitions éparses dans d’innombrables publications, Sicé les collige en un ouvrage édité en 1937, La Trypanosomiase humaine en Afrique intertropicale, préfacé par Mesnil, le seul que nous possédions sur la maladie du sommeil. En 1932 il avait été nommé Professeur d’épidémiologie et de Prophylaxie des maladies tropicales à l’Ecole d’Application de Marseille. Il y demeura pendant 5 ans, faisant profiter ses élèves de son expérience acquise sur le terrain au contact des réalités et de la documentation qu’il y avait rassemblée. Le Professeur Joyeux lui demande son concours pour la seconde édition de son Précis de médecine des pays chauds (Joyeux et Sicé), livre désormais classique justement apprécié des médecins coloniaux. Sicé est ensuite nommé Directeur au Service de Santé du Soudan. Loin de se confiner dans sa tâche administrative, il va poursuivre ses prospections sur la pathologie soudanaise : la trypanosomiase, la fièvre jaune, la méningococcie, la tuberculose, la brucellose, la rhinopharyngite ulcéreuse et mutilante (gangosa); vis-à-vis de ces affections, il édicte les règles d’une prophylaxie rationnelle adaptée aux conditions épidémiologiques locales. Il étudie l’application des synergies médicamenteuses au traitement de la trypanosomiase, les érythrodermies toxiques consécutives à l’usage immodéré des arsenicaux organiques, l’effet du climat sur le nourrisson européen. Il a su intéresser à ces investigations une équipe de collaborateurs qui signent avec lui de nombreuses communications présentées à nos séances ; nos Bulletins de 1938 à 1940 reflètent la féconde activité qui a régné dans le domaine de la recherche durant ses deux années de direction au Soudan.
Sicé est maintenant Médecin Général et rentre en France peu de temps avant la déclaration de guerre. En septembre 1939, il est affecté à la Direction du Service de Santé du XVe corps qui doit faire partie de l’armée des Alpes. Il se félicite de pouvoir participer à la lutte qui s’engage tandis que, colonial, il eût pu, si les circonstances avaient été autres, n’en percevoir qu’un écho assourdi. Pendant 5 mois, il organise les dispositifs qui relèvent de ses fonctions lorsqu’il apprend sa désignation comme directeur des services sanitaires de l’AEF Nous sommes en février 1940. La mort dans l’âme, il confie son amertume à ses amis en passant à Paris avant de rejoindre Brazzaville. Comme devait lui dire le Docteur Noël Bernard en le recevant à l’Académie des sciences coloniales en 1946, “ce rude coup du sort allait lui épargner les poignantes vicissitudes de la défaite, du désarmement et de l’occupation, et le porter aux premier rangs de ceux qui, dans cette AEF devenue le coeur de la France libre et combattante, devaient être les pionniers de la libération”.
Le 18 juin 1940 marque une nouvelle étape dans la carrière du Médecin Général Sicé. Il a répondu à l’appel du Général De Gaulle. Il lui faut rompre avec ce qui fut jusqu’à ce jour sa règle de conduite, celle aussi qu’il exigeait des autres: la discipline, l’obéissance. Mais sa foi dans le destin de la patrie apaise sa conscience; sa décision est irrémédiablement arrêtée, il en accepte à l’avance toutes les responsabilités, et il sait qu’elles sont lourdes; rien ne compte plus pour lui que l’objectif fixé par le chef de la France libre. C’est que Sicé possède, avec une foi patriotique inflexible soutenue par sa foi chrétienne, les vertus qui font les hommes de caractère.
À cette tribune, je ne puis qu’évoquer, sans m’y attarder, les événements auxquels le Médecin Général Sicé a été intimement associé et qui, sous son impulsion, ont en août 1940 fait reprendre à l’AEF sa place au combat, celle de la France, aux côtés des alliés. Son livre L’Afrique équatoriale et le Cameroun au service de la France (26, 27, 28 août 1940), dédié à la grande mémoire de Savorgnan de Brazza, brosse un éloquent tableau de ce que furent ces journées historiques où “face à la défaite et à l’armistice”, il répond par cette devise sublime dans sa brièveté “Action, Foi, Espérance” développée dans des pages qui mériteraient, comme je l’ai dit ailleurs en présentant l’ouvrage, de figurer dans toutes les bibliothèques scolaires pour être lues et commentées par les éducateurs de notre jeunesse et métropole et Outre-mer. Mais si les circonstances ont un moment paru éloigner le Médecin Général Sicé du cadre de nos disciplines, les hautes fonctions dont il a été investi: Haut-Commissaire de l’Afrique française libre, Membre du Comité de défense de l’Empire, Directeur du Comité de coordination des Croix-Rouges alliées ne furent pour lui que transitoires. Il ne fit rien pour les obtenir et pas davantage pour s’y maintenir, bien au contraire. La fière et digne simplicité de sa vie, son abnégation lui faisaient ignorer les subtilités diplomatiques dont il n’avait cure, lui qui, loin d’obéir à des vues d’ambition et d’intérêt personnel, ne songea qu’à l’intérêt public. Dans le feu de l’action, sa brutale franchise ne fut pas sans lui créer des inimitiés, mais elle imposait le respect car Sicé ne dévia jamais de la voie qu’il s’était tracée et qu’il estimait être celle du Devoir dont il fut, jusqu’au bout, l’esclave.
Malgré le rôle de premier plan qu’il a tenu sur la scène politique, le Médecin Général Sicé reste pour nous l’Inspecteur Général des Services Sanitaires de l’armée de la Libération, qui parcourut tous les territoires successivement ralliés à la France libre: AEF, Cameroun, Madagascar, exhortant partout ses camarades les médecins coloniaux, à poursuivre là où le sort les avait placés leur oeuvre bienfaisante et humanitaire, celle dont il s’inspirait pour plaider avec passion la cause de la France dans ses voyages en Afrique du Sud, aux États-Unis, au Canada, en Amérique latine.
À l’heure de la libération, Sicé rentre en France; il est peu après atteint par la fatidique limite d’âge de Médecin Général Inspecteur en pleine force physique et intellectuelle, auréolé du prestige que lui vaut sa haute autorité morale. Membre d’honneur de plusieurs sociétés savantes d’Angleterre et de Belgique, Président de la Croix Rouge Française pendant quelque temps, il accepte la chaire qui lui est offerte par l’Institut tropical de Bâle où, en pays de langue allemande, il fera rayonner la culture française en enseignant dans notre langue. C’est à Bâle qu’un mal inexorable évoluant en 3 mois devait l’emporter.
Lorsqu’à la fin de 1945 notre Société fut en mesure de reprendre son fonctionnement administratif normal, c’est le Médecin Général Sicé que l’unanimité de vos suffrages appelèrent à sa Présidence que le Professeur Émile Roubaud exerçait avec dignité depuis plus de 10 ans. Sicé était déjà au faite de la gloire et des honneurs, mais je sais le prix qu’il attacha à cette marque de confiance de ses collègues, et singulièrement des médecins coloniaux dont il avait durant la tourmente symbolisé la prédestiné de l’action sur le plan militaire, médical et scientifique dans tous les territoires où ils étaient dispersés. Comme il le proclamait en prenant place à ce fauteuil, c’est bien le “Médecin colonial” qu’il voulait voir honoré en sa personne et, de cela, il éprouvait une légitime fierté. Cette présidence qu’il allait remplir avec éclat pendant 4 ans, il savait qu’elle lui constituait un charge supplémentaire du fait que, résidant à Bâle, il devait à chacune de nos séances subir les fatigues d’un long voyage, d’autant qu’il regagnait le plus souvent la Suisse le soir même.
Alphonse Sicé était entré à la Société de pathologie exotique en 1928 et, pour répondre au voeu de son Maître F. Mesnil, avait tenu à lui communiquer la quasi-totalité de ses travaux. Dans son allocution présidentielle, notre Société, disait-il, ne peut éluder ses responsabilités; sa part dans l’oeuvre de restauration de la France est fort large, parce qu’elle a pour champ d’action le monde entier; et il s’engageait à servir du meilleur de lui-même son prestige et sa qualité. Cet engagement, il l’a tenu, et au-delà de son temps de Présidence.
Ces dernières années, le Médecin Général Sicé avait été appelé, sans avoir fait acte de candidature, à siéger à l’Assemblée de l’union française. Il ne se déroba point à cet appel. À cette tribune où il jouissait d’une autorité incontestée, il s’éleva vigoureusement contre certains abandons et des concessions qu’il jugeait prématurées. S’il se refusait à voir discuter les titres de la France, il ne mettait pas moins de force à dénoncer notre responsabilité dans la progression de l’alcoolisme en Afrique noire, comme il l’avait fait à celle de nos séances où ce problème avait été évoqué. Je ne doute pas que sa voix puissante ait été entendue et que ses interventions aient été prises en considération lorsque des mesure furent édictées aux fins d’endiguer le fléau.
Le prestige dont la personnalité d’Alphonce Sicé était entourée a largement débordé le cadre d’une activité médicale ou scientifique pour s’inscrire dans une des pages exaltantes de notre histoire à l’une des heures les plus dramatiques vécues par notre pays; mais ce prestige ne modifia en rien la simplicité qui était la règle de sa vie. Ne soyons donc pas surpris qu’il ait exigé la plus grande discrétion autour des circonstances de sa maladie et de sa mort. Mais ce n’est pas sans émotion que vous saurez que dans se dernières volontés il a tenu à marquer son fidèle attachement à la Société de pathologie exotique dans une suprême pensée qu’il pria Mme Sicé d’exprimer à son Président. […]

Emile Roubaud

Nécrologie parue dans le Bulletin de la SPE
Il est bien difficile de retracer d’une manière brève l’œuvre accomplie par Émile Roubaud dont la féconde activité s’est exercée dans des domaines très variés, allant de l’entomologie médicale (tant du point de vue de la systématique que du point de vue de la biologie des insectes vulnérants transmetteurs de diverses affections dans les pays tempérés ou tropicaux) à l’entomologie générale et à la parasitologie.
C’est dès son jeune âge que É. Roubaud fut attiré par les sciences naturelles et on sait à quelle brillante carrière le mena cette inclination, favorisée, comme il le reconnaissait volontiers, par l’influence qu’avait exercée sur lui son oncle maternel J. Poirier. Il ne devait pas suivre cependant la voie déjà tracée par ce biologiste, dont les travaux sur les mollusques et les helminthes faisaient autorité à l’époque, et son activité revêtit un caractère essentiellement pasteurien, nettement dirigé vers l’épidémiologie et la prophylaxie des affections transmises par les insectes vecteurs.
Licencié ès sciences naturelles en 1901, Agrégé des sciences naturelles en 1904, Roubaud commença sa formation de naturaliste sous l’égide du Professeur E.L. Bouvier, au Muséum d’histoire naturelle en y étudiant de petits moucherons piqueurs, les simulies, fort peu connus alors, et il apporta dans l’étude systématique de ces insectes des précisions qui gardent actuellement toute leur valeur.
Dès ses premiers travaux il se faisait ainsi remarquer par de véritables dons d’entomologiste systématicien, mais son Maître Bouvier comprit immédiatement que son activité méritait d’être aiguillée vers d’autres problèmes, plus complexes.
Il adressa alors son élève, en 1903, au Professeur Mesnil dont le laboratoire à l’Institut Pasteur était, dit É. Roubaud, dans son exposé de titres et travaux “la pépinière des jeunes pasteuriens coloniaux”.
C’est là que devait s’accomplir sa carrière, là que son autorité scientifique s’imposa, et c’est là encore que, devenu à son tour le Maître, il allait, à la disparition de Mesnil, former les entomologistes et les protozoologistes appelés à servir outre-mer.
Roubaud faisait ses débuts à ce moment de la colonisation, tant diffamée aujourd’hui, où Allemands, Anglais, Français, Portugais rivalisaient entre eux afin de préciser le rôle exact des insectes dans la transmission de nombreuses affections tropicales humaines et animales et de parvenir à protéger les populations autochtones et leur troupeaux contre les maladies qui les décimaient.
Il devait apporter, à cet égard, une contribution exceptionnelle à la connaissance des trypanosomiases, du paludisme et de la fièvre jaune. C’est en 1906 que É. Roubaud, membre avec G. Martin et A. Lebœuf de la Mission d’études de la maladie du sommeil au Congo français, quitta Paris pour Brazzaville. Il y demeura jusqu’en 1908 et on sait que l’Institut Pasteur de Brazzaville créé en 1909, devait devenir le continuateur permanent de cette mission d’études dont l’initiative avait été prise par la Société de Géographie.
Le travail considérable accompli par É. Roubaud au cours de cette première mission africaine lui permit de soutenir en 1909 une thèse de doctorat ès sciences qui est présenté et détail dans le rapport de la Mission d’étude édité ultérieurement.
Une autre mission africaine en compagnie de G. Bouet de 1909 à 1912, mena É. Roubaud au Sénégal, en Casamance, au Dahomey. Parcourant plusieurs milliers de kilomètres, il précisa la distribution géographique de 9 espèces de glossines et s’intéressa particulièrement aux trypanosomiases animales et à leur mode de transmission.
Dans son ensemble, l’oeuvre de É. Roubaud en matière de trypanosomiase est placée sous le signe de la biologie.
A son arrivée au Congo, il étudia le problème tellement obscur à l’époque, de la transmission de la trypanosomiase et du rôle spécifique des glossines et on lui doit d’avoir reconnu, le premier la multiplication des trypanosomes polymorphes (Trypanosoma brucei et T. gambiense) dans le liquide des glandes salivaire de Glossina palpalis. Il entreprit également une étude attentive de l’anatomie et de la physiologie des glossines révélant le curieux « allaitement » intra-utérin des jeunes larves.
Observateur minutieux doué d’une grande intuition, Roubaud a démontré aussi qu’il existe plusieurs modalités de la transmission pour diverses espèces de trypanosomes.
C’est ainsi qu’il a établi qu’il existe chez les glossines la forme d’évolution limitée à la trompe après une multiplication intestinale et c’est le cas du Trypanosoma congolense; limitée uniquement à la trompe comme c’est le case de Trypanosoma vivax agent de la Souma soudanaise.
Il démontra ainsi que le schéma général de l’évolution des trypanosomes chez les glossines qu’on aurait pu déduire des travaux de ses contemporains, n’était pas exclusif et que l’on doit à ce point de vue, envisager des modalités variées et, que l’infection des glossines par les trypanosomes et leur transmission ultérieure, n’obéit pas à une règle absolue.
Mais c’est certainement à la biologie qu’allait sa dilection particulière et c’est elle qui lui a fourni son sujet de thèse de doctorat. Dans cet ordre d’idées, on doit à É. Roubaud des acquisitions de premier ordre sur les réactions physiologiques des glossines et la détermination de leur habitat normal sur leurs migration saisonnière, sur les relations biogéographiques des glossines… acquisitions qui devaient servir grandement à la connaissance de l’épidémiologie (rôle des peuplements de glossines aux abords des villages et des points d’eau, contact homme-glossine) et de la prophylaxie de la trypanosomiase humaine.
C’est ainsi que la définition exacte des biotopes préférés des glossines et aussi le fait que Glossina palpalis craint la sécheresse de l’air, qui l’épuise et contrarie sa gestation, qui permirent de substituer à la simple notion de débroussaillement, comme mesure de lutte contre les tsé-tsé, “l’éclaircissement ménagé des couverts” pratique rationnelle basée sur l’étude de pointe des glossines femelles.
É. Roubaud démontrait ainsi comment la connaissance exacte du mode de vie d’un insecte pouvait contribuer à sa destruction grâce à l’application d’une méthode biologique.
C’est encore par l’observation attentive des anophèles et celle de leurs instincts diversifiés que É. Roubaud imprima sa marque dans l’étude de l’anophélisme sans paludisme qu’il explique par la déviation animale des moustiques transmetteurs.
L’absence de paludisme est alors due à l’attraction élective jouée à l’égard des anophèles par les animaux domestiques à condition toutefois qu’ils soient suffisamment nombreux et maintenus en certaines conditions de stabulation.
Roubaud a toujours affirmé que ce phénomène de déviation n’était pas accidentel mais lié à l’orientation trophique propre de peuplements d’anophèles, parmi lesquels il était possible de distinguer des « races » physiologiques caractérisées par un zoophilisme plus ou moins accusé.
Cette notion ainsi établie d’abord par É. Roubaud chez Anopheles maculipennis dont les races peuvent être distinguées par l’aspect de leurs oeufs, est aujourd’hui parfaitement admise et étendue pour diverses espèces anophéliennes de différentes régions du globe.
Erigée en doctrine, la connaissance de la déviation animale conduisait logiquement à la zooprophylaxie du paludisme et permettait d’expliquer les progrès de l’assainissement de certaines régions de paludisme endémique par l’amélioration des conditions d’élevage et de stabulation du bétail.
Mais É. Roubaud ne limita pas à ces importantes acquisitions sa contribution à l’étude du paludisme et nous lui devons, en outre, les recherches en matière de lutte contre les anophèles: lutte anit-adulte par les fumigations crésyliques bien avant l’emploi des insecticides de contact, lutte anitlarvaire par l’emploi de poudre toxique (trioxyméthylène) ou avec nous de champignons pathogènes.
Les travaux de É. Roubaud sur la fièvre jaune et son vecteur Aedes aegypti sont peut-être moins connus. Ils sont cependant très importants.
Il a étudié notamment la biologie de l’insecte vecteur de la fièvre jaune et son travail publié dans les Annales de l’Institut Pasteur en 1929 comporte, non seulement, ses recherches mais aussi une technique originale, destinée à renforcer les mesures anti-larvaires courantes, permettent en provoquant, par des stimulants appropriés et entre autre l’hypochlorite de soude, l’éclosion immédiate des oeufs des stégoymies afin de détruire plus facilement les larves écloses.
De ce travail, M. Roux disait qu’il l’avait lu toute la nuit avec autant d’intérêt qu’une œuvre littéraire, tellement attrayante était sa lecture, comme du reste tous les travaux qu’il a écrits.
Tels sont, dessinés à grands traits, quelques-uns parmi les travaux les plus importants d’É. Roubaud qui intéressent plus spécialement la médecine tropicale. On pourrait y joindre encore, par exemple, des recherches sur la biologie des phlébotomes ou sur le cycle évolutif de la filiaire de Médine (Dracunculus medinensis) chez le Cyclops, ou encore sur l’adaptation individuelle et le rythme d’alimentation des larves d’Auchemeromya luteola.
Mais, à dire vrai, il n’existe guère de groupe d’insectes ou autres arthropodes d’intérêt médical ou vétérinaire dont il n’ai abordé l’étude.
C’est ainsi que le moustique banal, Culex pipiens a longuement retenu l’attention d’É. Roubaud à qui nous devons la différenciation pour ce moustique de deux types biologiques: Culex pipiens autogène rural et C. pipiens autogène citadin, ce dernier se développant dans les fosses septiques et les égouts des grandes collectivités et incommodant fortement les habitants. Une lutte efficace contre C. pipiens autogène résulta de cette différenciation.
À E. Roubaud aussi revient le mérite, grâce à ses observations minutieuses, sur le développement de Musca domestica, de l’institution d’une méthode efficace, dite biothermique, de destruction des larves et de prévention de pullulation des mouches, par la chaleur de fermentation dans les fumiers.
A propos des Muscidés, sa conception concernant les “diapauses” spontanées ne saurait être oubliée, non plus que la description de nouveaux flagellés parasites des mouches, ou l’étude de diverses espèces d’Habronema parasites des équidés transmis par les mouches.
Rappelons encore ses remarquables travaux sur la symbiose, phénomène curieux qui se relie au parasitisme vrai et à propos duquel É. Roubaud étudia chez la mouche tsé-tsé certains micro-organismes symbiotiques héréditaires dont l’existence chez la glossine est intimement liée à son régime alimentaire hémophage.
On ne saurait, enfin, passer sous silence les travaux de zootechnie et de zoologie agricole de É. Roubaud portant notamment sur la dégénérescence, due aux insectes, des arachides au Sénégal, sur la pyrale du maïs en France ou dans d’autres pays européens.
Si dans cette relation insuffisante et brève de l’oeuvre de É. Roubaud, sur laquelle nous aurons l’occasion de revenir plus tard, pour rendre plus ample hommage à son activité, nous avons mis l’accent sur les travaux de portée pratique, c’est parce qu’il aimait lui-même le faire, disant, notamment que tout en ne considérant pas la science appliquée comme une branche particulière de la recherche, il estimait que la “possibilité de réaliser utilement ses découvertes ne doit jamais être perdue de vue par le chercheur”.
Et ce qui est remarquable dans l’oeuvre de Roubaud, c’est justement que, sans se préoccuper d’une manière spéciale des buts pratiques, il est parvenu à les atteindre en interprétant heureusement les observations scientifiques faites sur le terrain et aussi en se plaçant pour l’expérimentation, autant que possible en insectarium dans les conditions les plus proches de celles de la nature.
Un autre enseignement, et non le moindre, de la production scientifique de É. Roubaud, et il insistait lui-même sur ce point c’est que l’étude morphologique et l’identification des insectes ne représentent que les prémices du travail de l’entomologiste dont la tâche principale doit consister à observer attentivement leur comportement qui conditionne la transmission à l’homme des diverses affections.
Une grande partie de ses travaux et de ses publications est consacrée ainsi à des sujets de biologie sous des titres évocateurs Instinct et comportement des insectes, La vie sociale des insectes et son déterminisme, Les aberrations de l’instinct, Le parasitisme et ses hasards chez les Muscidés… pour ne citer que quelques exemples de sa féconde activité bien connue de tous les entomologistes avertis qui n’ignorent pas non plus ses remarquables travaux sur les abeilles et les insectes sociaux.
Roubaud laisse derrière lui un héritage scientifique considérable et qui ne manquera pas d’avoir des développements fructueux. En effet, toutes les questions qu’il a abordées ont été traitées non seulement avec originalité de l’esprit, mais aussi avec sûreté du jugement et les conclusions qu’il a avancées et qui avaient suscité des discussions ont toujours été confirmées par la suite.
Il appartiendra à ses élèves, et ils sont nombreux, formés à son enseignement riche d’expérience personnelle et d’érudition exceptionnelle, de s’inspirer de ses recherches et de suivre la voie tracée.
Tous ressentent douloureusement la disparition de ce savant éminent mais modeste, dont la bienveillance et la bonté étaient sans bornes, et qui a porté si haut le goût et le prestige de l’entomologie.
C’est aussi un grand vide que laisse la perte de E. Roubaud dans les Académies qui l’avaient accueilli, en hommage à l’oeuvre accomplie: l’Académie des Sciences, l’Académie d’agriculture, l’Académie des sciences d’outre-mer et surtout, ici même, dans cette Société de pathologie exotique, dont il était Président d’Honneur après une brillante présidence effective, et qu’il honorait grandement.
Nommé chevalier dans l’Ordre National dès son retour de mission en Afrique occidentale en 1913, É. Roubaud était Commandeur de la Légion d’Honneur, et titulaire de nombreuses décorations étrangères.(…)

Emile Brumpt

Nécrologie parue dans le Bulletin de la SPE (1951, T44)

Mes chers Collègues,
Je suis profondément attristé par le devoir de rappeler ici, que le 8 juillet dernier, notre très éminent et admiré Collègue, le Professeur Émile Brumpt, est décédé.
Né à Paris, le 10 mars 1877, Émile Brumpt y poursuit ses études de licence ès sciences naturelles, puis de médecine; en 1901, il soutient sa thèse de doctorat ès sciences naturelles. Dès 1899, il est préparateur de la chaire de zoologie Médicale de la Faculté de médecine de Paris, dont, en 1907, il devient le professeur agrégé; quelques années plus tard, il succède comme professeur titulaire à son Maître, Raphaël Blanchard. Vous savez tous comment il transforme cette chaire, de solide réputation, certes, mais, qui devient avec lui, un centre mondial de recherches parasitologiques, plus particulièrement orientées vers la parasitologie des maladies tropicales. Il était en même temps l’animateur de l’Institut de médecine coloniale et de l’École de malariologie, fondée par lui en 1926.
Depuis près de deux ans, à notre Collègue qui fut un grand voyageur, la névraxite, séquelle probable de l’infection accidentelle par le virus de la fièvre pourprée des Montagnes Rocheuses, contractée à son laboratoire, interdisait tout déplacement. C’est le jour de son jubilé scientifique, le 21 octobre 1948, que nous le vîmes, hors de chez lui, pour la dernière fois. En cette occasion mémorable, dans un amphithéâtre de la Faculté de médecine de Paris, les représentants des Sociétés de pathologie tropicale d’Anvers, de Bâle, de Londres, ceux de notre Société dont il fut, en 1931, le Président élu par acclamations, les délégués de nombreuses Académies et de Facultés de médecine étrangères, ceux de l’Académie de médecine de Paris, de l’Académie des sciences coloniales, de l’Académie vétérinaire, de la Société de biologie, etc., réunis à sa famille, à ses collègues, ses élèves, ses amis lui manifestèrent en longues ovations – vous vous en souvenez – leurs sentiments d’admirative affection.
Que, d’Émile Brumpt, notre mémoire nous rappelle l’explorateur audacieux, qu’elle le figure à nos yeux interrogeant son microscope, qu’elle éveille en nous les échos de sa voix, captivant un auditoire d’étudiants, il reste toujours et partout l’homme simple, ardent, enthousiaste, entier mais affable, de pensée claire, de regard direct, que les années de Sorbonne nous avaient fait connaître et aimer.
À cette époque lointaine, la personnalité d’Émile Brumpt s’imposait déjà à ses camarades d’études. Je l’entends encore aux conférences du samedi soir, instituées par Lacaze-Duthiers et conduites par les étudiants eux-mêmes, nous surprenant par son élégance verbale, sa maîtrise du sujet traité, l’autorité de son exposition, enfin, déjà, par son érudition; elle lui permettait de mettre en valeur certaines particularités d’anatomie ou de systématiquement négligées par nos Maîtres eux-mêmes. De telles qualités n’échappaient pas à ces derniers; aussi, Lacaz-Duthiers attachait-il à son laboratoire, le jeune licencié dont la vocation de zoologiste s’affirmait.
On peut dire qu’Émile Brumpt, travailleur opiniâtre, ne s’est, dans sa vie, jamais reposé : il avait le culte et la joie du travail, tous ses instants ont été donnés sans mesure à l’épidémiologie des affections tropicales; il en acceptait d’avance tous les périls, il en fut plusieurs fois victime.
L’impotence physique de se dernières années, n’avait pas réussi à courber le front énergique de ce réalisateur, dont la vigueur intellectuelle ne fut jamais atteinte. Ainsi, c’est au cours de ses longues heures d’immobilité qu’il a mis au point la 6e édition de cet ouvrage considérable, modestement appelé Précis de parasitologie (1949). Dans cet ouvrage, de réputation mondiale, s’affirment ses brillantes qualités de naturaliste, de médecin et de pionnier de la recherche médicale, en pays tropicaux.
L’œuvre d’un savant d’une telle envergure ne s’expose pas en quelques phrases. Notre Société se réserve de la magnifier en son temps. Par la mort d’Émile Brumpt, la Société de pathologie exotique de Paris, perd l’un de ses membres les plus illustres.

Emile Marchoux

Médecin et biologiste français né à Saint-Amand-de-Boixe (Charente, France), le 24 mars 1862.
Études secondaires à Angoulême, puis études de médecine à Paris.
1887 Soutient sa thèse de médecine: Histoire des épidémies de fièvre typhoïde dans les troupes de marine à Lorient.
1888-1893 Médecin de marine puis médecin des colonies au Dahomey et en Indochine où il se lie d’amitié avec A. Calmette et A. Yersin.
1893 Suit le cours de microbiologie de l’Institut Pasteur.
1895-1899 Dirige le laboratoire de Saint-Louis du Sénégal jusqu’à ce que Mille lui succède en 1899.
1901 Retourne à Saint-Louis du Sénégal comme membre de la mission consultative dirigée par le médecin-inspecteur Grall, après qu’une épidémie de fièvre jaune ait frappé la ville.
1901-1905 Participe à la Mission d’étude de la fièvre jaune au Brésil aux côtés de P.-L. Simond et A. Salimbeni.
1905 Quitte l’armée pour entrer à l’Institut Pasteur comme chef du Service de microbiologie tropicale. Il y mène d’importants travaux sur la lèpre et le paludisme.
1907 Participe, aux côtés de F. Noc, Ét. Sergent, Ed. Sergent et P.-L. Simond, à la rédaction du tome « Hygiène coloniale » du Traité d’hygiène de Brouardel et Mosny.
1908 Co-fondateur, avec A. Laveran et F. Mesnil, de la Société de pathologie exotique (SPE), dont il est le secrétaire général de 1908 à 1920.
1923 Préside le congrès international de la lèpre à la suite duquel il est élu président de l’Association internationale de la lèpre.
1925 Conduit avec L. Raynaud une enquête sur le paludisme en Corse (France) à la demande de la Société des nations.
1928-1932 Élu président de la Société de pathologie exotique.
1931 Obtient avec F. Sorel la création à Bamako de l’Institut central de la lèpre.
1932 Président du 1er congrès international d’hygiène méditerranéenne.
1934 Secrétaire général de la Fondation Roux.
1938 Président du comité français du 3e congrès international de médecine tropicale et du paludisme. (É. Brumpt, J. Emily et É. Roubaud en sont les vices-présidents).
19 août 1943 Décès à Paris.
Publications en collaboration avec : G. Bourret, L. Gouvy, L. Raynaud, A. Salimbeni, P.-L. Simond, F. Sorel.

Francois Mesnil

Nécrologie parue dans le Bulletin de la SPE (1938, T31-3, p. 173)
Notre séance anniversaire s’ouvre malheureusement sur une note de tristesse et de regrets. Il m’échoit le douloureux devoir de saluer tout d’abord la mémoire de celui qui fut, pendant 30 ans l’âme de notre groupement, le professeur F. Mesnil. Avec Laveran et Marchoux il avait été l’un des fondateurs de la Société de pathologie exotique. Il fut l’un de nos Secrétaires Généraux pendant 12 ans, notre Président de 1924 à 1928, et, même en dehors de tout mandat officiel, il n’a jamais cessé avec un soin jaloux, d’en assurer ou d’en contrôler le développement.
C’est dire la peine immense que sa disparition nous cause et, par une ironie du destin, il se trouve que cette peine doit s’exprimer, ici, précisément en une journée appelée à témoigner des heureux résultats de ses efforts, en manifestant la vie féconde de notre Société.
Félix Mesnil est né, en 1869, à Omonville-la-Petite, localité côtière de Cotentin, aux confins du cap de La Hague. Sans doute, ainsi qu’il le rappelait récemment lui-même, ses origines maritimes ne furent-elles pas étrangères aux liens étroits qu’il devait nouer plus tard avec le monde médical, naval et colonial. Un de ses oncles, médecin, qui guida ses première années, avait d’ailleurs appartenu au corps de Santé de la Marine. Un fait certain, c’est que son orientation scientifique de zoologiste fut largement et heureusement influencée par ses attaches familiales avec sa terre natale, avec ces rudes et hautes falaises du haut desquelles se découvre un magnifique horizon de mer, auquel toute sa vie il est resté fidèle.
Des aptitudes remarquables lui avaient ouvert, en 1887, l’accès simultané à l’école polytechnique et à l’Ecole normale. Il opta pour cette dernière et, après l’achèvement du cycle de ses études mathématiques et physiques, il aborda les sciences naturelles, pour devenir agrégé en 1891.
À sa sortie de l’École normale, il effectue un voyage de documentation dans les principales Universités de l’Europe centrale; puis, en 1892, Pasteur l’admet, comme agrégé-préparateur, dans cet Institut de la rue Dutot nouvellement fondé qu’il ne quittera plus désormais et auquel il consacrera toute sa carrière de biologiste.
Mesnil est entré à l’Institut Pasteur dans un laboratoire, celui de Metchinikoff, où les conceptions zoologiques inspirent constamment les recherches et sont étroitement associées aux problèmes de la pathogénie. Quelle meilleure garantie pour sa propre formation que cette double empreinte culturale? aussi le voyons-nous d’emblée, et pour toujours, obéir à es deux tendances.
Chaque années, alors que l’époque des vacances le ramène fidèlement à sa maison de l’anse Saint-Martin, il s’adonne à la zoologie marine, prospecte la riche faune des invertébrés marins qui s’y rencontrent. Il accumule des observations de haute valeur sur les Annélides locales, sur leur curieux polymorphisme lié à la sexualité, sur les Crustacés parasites, les Vers inférieurs, les Protozoaires marins libres ou parasites. Ces études de faunistique, de systématique, de biologie, qu’il poursuivra sans relâche pendant une trentaine d’années, tantôt seul, plus souvent avec l’affectueuse et savante collaboration de son beau-frère Caullery, seront un délassement à ses travaux pastoriens.
Au laboratoire de Metchnifkoff, il s’est tout d’abord occupé de recherches d’Immunité cellulaire, de Physiologie et de Pathologie comparées. Dès cette époque, il noue ou renoue des relations avec les Pastoriens coloniaux de la première heure, avec Calmette et Marchoux, puis avec Simond qui, à la suggestion de Metchnikoff, étudie les relations existant entre le cycle des Coccidies et celui des Hématozoaires du paludisme. Nous sommes, en effet, à l’aube des grandes découvertes, tributaires de celles de Laveran, qui, vers la fin du siècle dernier, vont se succéder, à une cadence impressionnante, affirmant l’importance des Protozoaires dans l’histoire des maladies tropicales.
Dès 1897, F. Mesnil s’est déjà nettement engagé dans l’étude de certains groupes de Protistes, notamment de l’importante classe des Sporozoaires; il en a bien précisé les caractères zoologiques, la classification, il a fait ressortir, en particulier, les affinités étroites qui relient les hématozoaires de Laveran aux Coccidies.
C’est alors qu’en 1899 Laveran fait appel à sa collaboration de zoologiste, pour les recherches qu’il poursuit, de son côté, sur les Hématozoaires et les Protozoaires sanguicoles. La fécondité d’une telle association ne va pas tarder à se révéler. Dès l’année suivante, en effet, les deux auteurs s’attaquent en commun à l’étude des Trypanosomes, que le hasard d’une chasse aux rats, dans le laboratoire, vient de mettre à leur disposition, sous l’espèce du Trypanosoma lewisi. Ils en précisent la morphologie, à la faveur des nouvelles techniques à l’éosinate de bleu de méthylène, étudient le mode de multiplication du flagellé, son agglutination par divers sérums. C’est l’amorce d’une documentation inédite qui va, sans tarder, s’étendre systématiquement aux différents types de trypanosomes pathogènes dont successivement, des souches diverses leur parviennent : l’agent du nagana d’abord, puis les agents classiques des grandes maladies trypanosomiennes connues en Afrique et dans le monde. Une analyse minutieuse leur permettra de contrôler, par l’épreuve d’immunité croisée, la valeur des différentes espèces ou races de Trypanosomes, d’en étudier la morphologie, le pouvoir infectieux, la virulence, les réactions sériques ou chimiothérapeutiques. Au hasard des circonstances, il font également connaître différentes formes nouvelles d’hémogrégarines, de Coccidies, étudient la morphologie des Sarcosporidies, etc. Ils donnent en 1903 la première description précise de l’agent du kala-azar, affirment l’individualité des parasites aperçus par Leishman et Donovan. Mais la principale activité des deux auteurs reste attachée au vaste champ des Trypanosomes et Trypanoplasmes.
En 1904, paraît la première édition du fameux traité Trypanosomes et Trypanosomiases, fruit de cet effort commun de quelques années et qui recevra, en 1912, une deuxième édition double de la première.
Entre temps, puis ultérieurement, F. Mesnil poursuivra dans son laboratoire, avec différents collaborateurs, d’autres séries de recherches sur ce riche matériel trypanosomien. Avec Maurice Nicolle il passe en revue l’action thérapeutique des diverses couleurs de benzidine, étudiant leur action trypanocide en fonction de leur constitution chimique. Ces recherches ont permis de dégager notamment l’action favorable des couleurs bleues ou violettes de cette série pour le traitement de la maladie du sommeil. Si le manque de maniabilité des ces couleurs leur a fait préférer, dans la pratique, d’autres produits thérapeutiques, par contre l’une d’entre elles, le trypanobleu, que Mesnil et Nicolle ont fait connaître, a été retenue pour le traitement des affections prioplasmiques. Ils ont aussi consacré à l’action thérapeutique de l’atoxyl, sur lequel, à peu près en même temps, W. Thomas à Londres, venait d’appeler l’attention, le premier travail établissant sur des bases précises la valeur d’une produit qui était appelé à jouer bientôt un rôle capital dans le traitement de la maladie du sommeil. On doit également à Mesnil, avec son élève regretté Brimont, l’introduction, dans l’arsenal curatif de cette affection, de l’émétique de potasse, corps qui devait connaître une fortune particulière, après qu’au Congo belge Broden et Rodhain l’eurent appliqué, avec succès, à l’homme par la voie endoveineuse, et qui est également devenu aujourd’hui un spécifique des leishmanioses diverses, de la bilharziose, etc.
Avec Brimont encore et d’autres de ses élèves, A. Lebœuf, Ringenbach, etc., F. Mesnil s’attacha à approfondir les curieuses propriétés de résistance des trypanosomes divers aux agents médicamenteux et aux sérums variés. Il put montrer, tantôt qu’il s’agissait d’une véritable transmission de caractères acquis, tantôt de variations brusques, d’apparence spontanée, aboutissant, dans l’un et l’autre cas, à la formation de races particulières. Ainsi le biologiste retrouvait-il ici ces problèmes fondamentaux du transformisme, la genèse des espèces ou des sous-espèces, problèmes qui s’imposaient à son esprit au sein même des problèmes pathologiques. Ce sont en effet les points de vue de la biologie générale que l’on voit constamment dominer parmi les travaux si variés de F. Mesnil, qu’il s’agisse de microbiologie expérimentale ou de physiologie, de zoologie pure, de systématique ou de cytologie.
L’autorité particulière qu’il s’était acquise en protistologie, sa vaste érudition, constamment entretenue ou développée par une activité sans égale à ce Bulletin de l’Institut Pasteur auquel, depuis 1908, il consacrait tous ses efforts, ne pouvaient manquer d’attirer à lui nombre de chercheurs. Ses qualités de bonté, de serviabilité, alliées à un sens profond de l’équité, une saine compréhension des véritables mérites, transformaient rapidement autour de lui ses élèves en amis. Chef de laboratoire en 1898, puis professeur en 1910, son laboratoire fur l’un des plus actifs de l’Institut Pasteur. Auprès de lui se sont, en particulier rencontrés nombre de médecins ou de pathologistes coloniaux, français ou étrangers, qui furent ses élèves et auxquels in ne cessa de prodiguer, au cours de leur carrière, intérêt et amitié. Par là, son influence n’a cessé de grandir dans le monde colonial.
Il fut le conseiller scientifique et l’ami dévoué de la plupart de ceux qui, depuis plus de 30 ans; ont fait rayonner de par le monde, dans les missions itinérantes comme dans les laboratoires d’Outre-Mer, la science pastorienne. “Toujours en correspondance et en pensée avec les coloniaux véritables”, ainsi se définissait-il récemment lui-même. À distance, il animait les recherches par ses observations judicieuses ou ses critiques. La sûreté de sa mémoire l’associait définitivement à la vie proche ou lointaine de ceux auxquels il portait affection. Au retour de mes divers séjours en Afrique, combien de fois n’ai-je pas été surpris, au cours de nos entretiens amicaux, dans son laboratoire, de constater combien étaient demeurés présents à son esprit les détails de notre vie passée, à mes collaborateurs et à moi-même?
F. Mesnil devint membre de l’Académie des Sciences en 1921. Il était membre fondateur de l’Académie des Sciences coloniales et fut élu; en 1931, à l’Académie de médecine. Différentes académies ou sociétés, françaises et étrangères, l’avaient également distingué. Il fut, après Laveran et Calmette, le troisième Président de notre Société. Les service éminents qu’il a rendus à la cause coloniale, comme animateur et comme conseil, avaient reçu tout récemment une nouvelle consécration de la part des pouvoirs publics. Le 8 juillet dernier, ses amis, se collaborateurs et ses élèves se réunissaient autour de lui pour fêter sa récente élévation à la dignité de Commandeur de la Légion d’Honneur. Ce fut une joie pour lui de pouvoir évoquer encore une fois, dans cette réunion – et nous ne pensions pas alors que ce devait être la dernière – les liens qui l’attachaient à tant d’entre nous, présents ou disparus.
Des sommets où l’avaient placé des mérites exceptionnels, universellement reconnus, sa vie nous apparaît comme un magnifique exemple d’attachement absolu à la cause scientifique, de simplicité, de désintéressement. Le robuste et tranquille courage avec lequel il sut faire face aux peines morales qui ne l’avaient pas épargné, comme aussi aux sombres avertissements du mal qui devait l’emporter, auréole cette existence, toute entière orientée vers le bien, d’un pur reflet de vertus antiques.
La Société de pathologie exotique conservera fidèlement le souvenir de son ancien Président, le Professeur Mesnil. Elle n’oubliera point ce qu’il a fait pour elle, les voies solides et sûres qu’il lui a tracées. Elle s’incline avec respect devant le deuil cruel qui frappe aujourd’hui son admirable compagne, Madame Mesnil, et tous les siens; elle leur fait part de ses profonds sentiments de regret et d’affliction.
Émile Roubaud, Président de la SPE

Albert Calmette

Léon, Charles, Albert Calmette est né à Nice (Alpes-Maritimes) le 12 juillet 1863. Il fait ses études primaires et secondaires au lycée de Clermont-Ferrand, au lycée de Brest où il est victime d’une grave typhoïde, à l’école Saint-Charles de Saint-Brieuc et enfin au lycée Saint-Louis à Paris. De 1881 à 1883, il est élève de l’École de médecine navale de Brest, où il suit l’enseignement de Corre.

En 1883, il entre dans le service de santé de la Marine. De 1883 à 1885, il exerce à Hong Kong, dans le corps des médecins de marine, où il étudie le paludisme, sujet de sa thèse de doctorat qu’il soutient en 1886. En 1886 et 1887, il exerce en Afrique occidentale, au Gabon et au Congo, où il continue d’étudier non seulement le paludisme mais aussi la maladie du sommeil et la pellagre. En 1886, il est docteur en médecine. De 1888 à 1890, il effectue un séjour de deux ans à Saint-Pierre-et-Miquelon, où il conduit des recherches expérimentales sur le rouge de morue. En 1890, il obtient l’autorisation de se rendre à Paris pour y suivre le cours de microbiologie de l’Institut Pasteur. De 1891 à 1894, à la demande du sous-secrétaire d’État aux colonies, Louis Pasteur le désigne pour fonder et diriger un centre vaccinogène et un laboratoire de recherches à Saigon, filiale de l’institut Pasteur. Il y organise la production du vaccin jennérien et du vaccin pasteurien contre la rage. Il mène des recherches sur le choléra, la dysenterie, les venins de serpents, la fermentation de l’opium et la fermentation alcoolique du riz.

De 1894 à 1895, il est placé hors cadre du corps de santé des colonies et mis à la disposition de l’Institut Pasteur. Il y reprend les études entreprises en Indochine sur la physiologie des venins, la vaccination et la sérothérapie antivenimeuse, et réussit à préparer le premier sérum antivenimeux polyvalent. Il participe également à la préparation de sérums antipesteux avec Borrel et Yersin. À la suite de la visite d’une délégation du Conseil d’hygiène et de la municipalité de Lille, Louis Pasteur et Émile Roux confient à Calmette, en janvier 1895, la mission d’organiser à Lille un institut de sérothérapie et de recherches microbiologiques. Il étudie les conditions matérielles de ce projet et l’institut Pasteur de Lille est inauguré en 1899 dont il sera le directeur jusqu’en 1919. Il y entreprend des travaux sur l’ankylostomiase, l’épuration biologique des eaux usées (création à La Madeleine, près de Lille, de la première station française d’épuration), ainsi que divers travaux de bactériologie. Avec Camille Guérin, il mène des recherches sur le bacille tuberculeux (mécanisme de l’infection bacillaire, immunité antituberculeuse) et parvient à créer artificiellement une souche de bacilles privés de virulence, dont il vaccine avec succès de jeunes bovins et des singes de diverses espèces.

En 1896, il est chargé du cours de bactériologie et thérapeutique expérimentale à la faculté de médecine de Lille. Il sera nommé professeur honoraire en 1914. En 1899, il dirige une mission chargée de combattre l’épidémie de peste bubonique éclatée à Porto. Il entre au comité de rédaction des Annales de l’Institut Pasteur. De 1901 à 1903, il ouvre à Lille le premier dispensaire antituberculeux, contribue à fonder la Ligue du Nord contre la tuberculose, ainsi qu’une filiale de l’Œuvre Grancher. De 1901 à 1926, il est délégué du gouvernement français aux conférences sanitaires internationales et aux congrès internationaux pour l’étude de la tuberculose. En 1910, il est chargé de mission par le ministère de l’Intérieur et le Conseil supérieur d’hygiène publique de France pour l’étude d’une épidémie de choléra à Marseille. De 1910 à 1914, il est chargé par l’Institut Pasteur (Paris) d’organiser et de diriger à ses débuts, avec Edmond Sergent, l’institut Pasteur d’Algérie.

De 1914 à 1918, il est nommé adjoint du directeur du service de santé de la 1re région à Lille, chargé de l’organisation des hôpitaux militaires auxiliaires. Pendant les quatre années d’occupation de la ville par l’armée allemande, il continue avec ses collaborateurs de l’institut Pasteur de Lille, la fabrication des sérums et vaccins nécessaires à la population. Sa femme est détenue plusieurs mois en otage, avec plusieurs autres femmes lilloises, en 1918. En 1917, il est nommé sous-directeur de l’Institut Pasteur (Paris) et chargé de la direction du cours de bactériologie. De 1919 à 1933, il reconstitue à l’Institut Pasteur (Paris) une équipe de travail sur le bacille tuberculeux et le BCG (bacille Calmette-Guérin). Après qu’en 1921, B. Weill-Hallé a vacciné avec succès des enfants nés de parents tuberculeux, à l’hôpital de la Charité, la vaccination par BCG acquiert droit de cité. En 1919, il est élu à l’Académie de médecine. Il prend la direction des Annales de l’Institut Pasteur et assure la responsabilité des instituts Pasteur d’outre-mer. De 1920 à 1924, il est président de la Société de pathologie exotique. En 1929, il participe à l’élaboration des plans d’un vaste bâtiment destiné à accueillir tous les laboratoires de recherches sur la tuberculose de l’Institut Pasteur. Il en prend possession en 1931.

Le programme de vaccination sembla connaître un sérieux revers quand, en 1930, 72 enfants vaccinés contractèrent la tuberculose, à Lübeck. Mais l’enquête prouva que l’Institut Pasteur avait fourni des souches saines et que c’étaient les médecins de Lübeck qui avaient été coupables de négligences scandaleuses. Ils furent d’ailleurs condamnés à de la prison ferme tandis que l’Institut Pasteur était mis hors de cause. La vaccination massive des enfants fut réintroduite dans beaucoup de pays après 1932 avec des techniques de production plus sûres. Calmette n’en avait pas moins été profondément atteint.

Il meurt à Paris le 29 octobre 1933.

Alphonse Laveran

LAVERAN naît à Paris le 18 juin 1845 d’une mère qui est fille et petite fille d’officiers et nièce de deux généraux. Son père, médecin militaire, terminera sa carrière comme professeur, puis directeur de l’École de médecine du Val-de-Grâce.
Après avoir passé six ans en Algérie, à Blidah, entre 1863 et 1867, et achevé ses études secondaires au lycée Louis-le-Grand à Paris, le jeune LAVERAN rejoint tout naturellement l’École du service de santé militaire de Strasbourg où il passe sa thèse sur la régénération des nerfs avant de faire un stage au Val-de-Grace et d’être envoyé sur le front de l’Est comme officier ambulancier en 1870. Il y participe aux batailles de Gravelotte et Saint-Privat et est assiégé dans Metz. Après un passage par l’hôpital de Lille et par l’hôpital Saint-Martin (rebaptisé Villemin en 1913) comme médecin-aide major, LAVERAN est nommé professeur agrégé au Val-de-Grâce. Il profite du temps libre que lui laisse sa nouvelle fonction pour mettre la dernière main à son Traité des maladies et épidémies des armées, matière qu’il est chargé d’enseigner et que son père enseignait avant lui. Il fréquente également le laboratoire d’anatomie-pathologique d’Achille KELSCH au Val et, au Collège de France, celui de l’ancien assistant de Claude BERNARD, Louis Antoine RANVIER, à qui l’on doit notamment la découverte de la myéline.
Le paludisme a toujours été hyper-endémique en Algérie, particulièrement dans la plaine de la Mitidja, et les militaires comme les civils, malgré la quinine utilisée selon les principes de MAILLOT, continuent de lui payer un lourd tribut. Pour le médecin-major de 2e classe Alphonse LAVERAN qui renoue avec son enfance en prenant ses nouvelles fonctions en août 1878 à l’hôpital de Bône en Algérie, traquer et identifier l’agent de “l’impaludisme”, comme on disait alors, devient une priorité. Depuis une dizaine d’année en effet, dans le vent de la révolution pasteurienne et sur les décombres de la théorie de la génération spontanée, les algues, bactéries et champignons proposés pour jouer ce rôle se sont multipliés, mais tous n’ont eu qu’une vie éphémère.
Dès son installation, LAVERAN met en œuvre la première de ses deux grandes idées. Au lieu de chercher l’agent du paludisme dans l’air, l’eau ou la terre des marécages, comme tout le monde n’avait cessé de le faire jusqu’ici, il met à profit sa formation de pathologiste pour passer de longues heures à observer d’abord les tissus, puis le sang des malades et des morts. Il y voit constamment de la “mélanémie”, c’est-à-dire du pigment, et dans le sang , à côté de leucocytes mélanifères, des corps sphériques pigmentés, d’autres plus petits, hyalins et sans pigment, certains dotés de mouvement amiboïdes, et d’autres encore, très pigmentés, qui ont la forme de croissant. Pour LAVERAN, et c’est là sa seconde grande idée, ces corps qu’il retrouve en nombre très variable, aussi bien dans le sang des capillaires cérébraux des patients décédés d’accès pernicieux que dans le sang périphérique des impaludés chroniques ou des victimes d’une fièvre tierce ou quarte, ne sont pas des leucocytes ou des globules rouges altérés comme tout le monde le croît alors, mais des êtres vivants, parasites unicellulaires qui se collent à la surface des hématies et dont il est dans la nature de produire du pigment. Les mouvements amiboïdes qu’il observe chez certains d’entre eux, mais qu’il lui est difficile de confirmer avec un microscope dont le grossissement plafonne à 400, et bien entendu sans coloration, ne font que renforcer son sentiment. LAVERAN a déjà vu ces corps pigmentés au Val-de-Grâce dans le laboratoire d’Achille KELSCH, et ils ont été déjà décrits par plusieurs pathologistes de renom, comme Heinrich MECKEL en 1847, FRERICHS en 1848, Julius PLANER en I854, DELAFIELDS en 1872, ainsi que par le médecin légiste Joseph JONE en Louisiane, en I876, ce dernier assurant même pouvoir, en examinant simplement le sang d’une victime, dire si celle-ci avait souffert ou souffrait de fièvres intermittentes au moment de son agression. Tout en reconnaissant leur présence constante et leur caractère spécifique, ces chercheurs cependant n’ont jamais fait la différence entre pigment et corps pigmenté, considérant l’un et l’autre comme la conséquence et non comme le primum movens de la maladie. LAVERAN pense le contraire. Mais penser, croire, soupçonner ne suffit pas. Il faut une preuve. Pour l’obtenir, LAVERAN va devoir poursuivre sa traque pendant deux longues années, à Bône, puis à Biskra et enfin à l’hôpital de Constantine où il est nommé en 1880 médecin major de 1re classe, chef du service de médecine.
Dans le domaine de l’observation, la chance favorise seulement ceux dont l’esprit est préparé, avait dit un jour Pasteur à ses étudiants. LAVERAN est de ceux là. Le 6 novembre 1880, au petit matin, cet homme solitaire, méthodique, patient, opiniâtre, rigoriste et secret, a sa chance et la saisit. Il voit dans le sang frais d’un malade présentant une fièvre intermittente, examiné sans coloration et à l’objectif 40, des éléments filiformes ressemblant à des flagelles qui s’agitent avec une grande vivacité à la périphérie d’un corps sphérique pigmenté. Il n’exulte pas, ni n’écrit de poème comme le fera plus tard Ronald ROSS lorsqu’il verra son premier oocyste dans la paroi de l’estomac d’un moustique, mais il sait immédiatement qu’il a gagné, qu’il a eu raison contre tous et qu’il vient de résoudre une des plus irritantes et anciennes énigmes de l’histoire de la médecine. Ce que LAVERAN par contre ne saura que bien plus tard, c’est qu’il n’a pu obtenir ce succès que grâce à un heureux coup du hasard. En effet, ce qu’il vient de voir est une exflagellation, c’est-à-dire la transformation d’un gamétocyte mâles en microgamètes, et n’importe quel étudiant en biologie sait aujourd’hui que ce phénomène ne se produit normalement que dans l’estomac du moustique. Sa survenue à l’air libre, dans du sang frais, non fixé et non coloré, est toujours aléatoire et considérée comme accidentelle.
Eugène RICHARD, un autre médecin militaire, confirme les observations et les conclusions de LAVERAN à l’hôpital de Philippeville, près de Constantine, quelques mois plus tard, à la demande de ses supérieurs, et précise à cette occasion que les parasites sont à l’intérieur des hématies et non à leur surface, comme le pensait son collègue.
La découverte de Laveran est accueillie avec un grand scepticisme par un monde médical tout acquis au Bacillus malariae que KLEBS et TOMMASI-CRUDELI disent avoir isolé l’année précédente à partir de l’air, de la boue des marécages, et des urines d’un patient atteint d’une fièvre intermittente. La première note de LAVERAN à l’Académie de médecine en date du 23 novembre 1880 sur “un nouveau parasite trouvé dans le sang de plusieurs malades atteints de fièvre palustre”, note de 8 pages, réduite à 12 lignes par son présentateur, passe pratiquement inaperçue. Pasteur lui même n’y croit pas. Mais Laveran a déjà montré combien il était patient, persévérant et têtu. Il se rend en Italie pour vérifier que les éléments parasitaires découverts en Algérie se retrouvent aussi bien dans le sang des Algériens que dans celui des Italiens impaludés. Puis il demande l’avis et l’aide des membres de la célèbre Accademia dei Lincei: MARCHIAFAVA, CELLI, BASTIANELLI et GOLGI. Dans un premier temps, MARCHIAFAVA et CELLI ne confirment pas la découverte du Français car ils utilisent une coloration au bleu de méthylène sur frottis fixé et ne peuvent donc pas voir les fameuses formes flagellées mobiles sur lesquelles LAVERAN a construit l’essentiel de son argumentation. De plus, ils se doivent de ménager la susceptibilité des tenants de l’étiologie bactérienne du paludisme puisqu’ils travaillent tous deux sous l’autorité de TOMMASI-CRUDELI dont MARCHIAFAVA est même l’assistant. Enfin, c’est la première fois qu’on propose d’impliquer un protozoaire comme agent d’une maladie humaine et on ne sait pas trop encore “par quel bout le prendre”.
En 1884 toutefois, GERHARDT, puis MARIOTTI et CIARRECHI, réussissent à cinq reprises à infecter, par des injections de sang de paludéens, des sujets sains chez lesquels on retrouve Oscillaria malariae, le parasite que LAVERAN pense avoir découvert, et qui guérissent tous sous quinine. Si le paludisme n’est pas une maladie contagieuse, ce que l’on savait déjà, c’est une maladie transmissible. De plus, isolement et culture mis à part, ces infections expérimentales satisfont plus au moins aux principes de Jacob HENLÉ que KOCH finira par s’approprier sous le nom de postulats en1890.
Un an plus tard, MARCHIAFAVA et CELLI profitent des performances de leur objectif à immersion (grossissement 1000) pour décrire dans le sang frais d’un paludéen, sous le nom de Plasmodium, un petit corps amiboïde non pigmenté, puis sa segmentation qu’ils reconnaissent comme étant son mode de multiplication. Ils identifient ensuite le pigment comme étant un produit de la dégradation de l’hémoglobine et formulent l’hypothèse que les petits éléments (mérozoites) contenus dans les formes de multiplication (schizontes) sont seuls capables d’envahir les globules rouges. Ils confirment enfin la découverte de LAVERAN en reconnaissant que leur Plasmodium et l’Oscillaria malariae du Français ne font qu’un.
Parallèlement, ROUX réussit à convaincre Pasteur, toujours sceptique, d’aller jusqu’à l’école du Val-de-Grâce où LAVERAN a été nommé professeur titulaire de la chaire d’hygiène et de médecine légale, pour voir quelques unes de ses préparations. La scène du grand homme s’émerveillant à la vue d’une exflagellation a été cent fois commentée. ROUX écrit: “Au milieu du champ, un magnifique corps flagellé agitait ses prolongements. Le spectacle était saisissant; il était impossible de ne pas reconnaître un être vivant dans cette masse cytoplasmique repoussant de ses fouets les globules environnants… Pasteur, si passionné pour la science, en était tout ému…”
Il est inexact de dire que LAVERAN, après cette image d’Épinal, se désintéresse de sa découverte. Il écrit un ouvrage sur les anophèles et le paludisme en 1903 et son grand traité sur le paludisme en 1907. S’appuyant sur l’impossibilité de retrouver le parasite dans le milieu extérieur, ce qui sous-entend qu’il est déjà à l’état parasitaire dans la nature, LAVERAN avance l’hypothèse d’une transmission par les moustiques dans son Traité des fièvres palustres de 1884. Il reformule cette hypothèse dix ans plus tard, au congrès d’hygiène de Budapest et lorsque ROSS et GRASSI en apportent la preuve, Laveran consacre beaucoup de son temps à mettre sur pied une lutte anti-vectorielle en Vendée, en Camargue et surtout en Corse où tout est à faire et où on trouve des anophèles jusque dans les bénitiers, assure le docteur ZUCARELLI. LAVERAN préside également la Commission du paludisme du ministère de la guerre de 1914 à 1918. Mais il est vrai aussi que la qualité des observations microscopiques réalisée par l’école italienne et des membres de l’Accademia dei Lincei font rapidement passer au second plan celles de LAVERAN qui, pris par ses nouvelles fonctions et privé de malades, travaille de moins en moins sur le sujet tout en restant sur des positions de plus en plus difficiles à défendre, comme celle qui consiste à n’accepter pendant longtemps qu’une seule espèce de plasmodium, et à ne pas reconnaître d’emblée la validité des travaux de GOLGI qui lient de façon magistrale la biologie à la clinique.
Ne pouvant obtenir de ses supérieurs un poste lui permettant de poursuivre ses recherches, c’est-à-dire un laboratoire et des malades, et de revenir à Paris, LAVERAN, nommé successivement à Lille puis à Nantes, demande sa mise à la retraite et quitte l’armée en 1896 pour entrer comme chef de service honoraire et chercheur bénévole à l’Institut Pasteur. Il y restera 25 ans. Dans un premier temps, il occupe une très modeste pièce qu’il partage avec F. MESNIL qui supporte difficilement ce collègue beaucoup plus âgé que lui, qualifié d’ “austère” et de “rugueux”, mais avec lequel le jeune normalien organise de temps à autres des chasses aux rats qui colonisent le petit laboratoire. Cela permet aux deux homme, non pas de fraterniser… mais de découvrir un nouveau parasite dans le sang d’un de ces rongeurs: Trypanosoma lewisi.
Le cinquième prix Nobel de physiologie et médecine qui couronna LAVERAN en I907, soit 27 ans après sa découverte, ne lui fut pas attribué explicitement pour celle-ci, mais pour l’ensemble de ses travaux sur le rôle pathogène des protozoaires. Un point très précis du règlement stipule en effet que seuls les travaux achevés l’année précédant la remise du prix peuvent être retenus. Bien que cette exigence ne soit jamais respectée et toujours sacrifiée au bénéfice de l’importance des retombées des dits travaux, la découverte de Laveran était vraiment trop ancienne pour être prise isolément en considération par le jury. Contrairement à ce que l’on pense souvent, Ronald ROSS soutint activement la candidature du Français pour lequel il avait toujours eu de l’estime et même une certaine déférence, et se déclara d’autant plus facilement satisfait de le voir récompensé qu’il avait déjà lui même empoché le prix cinq ans auparavant pour des travaux faits 18 après.
LAVERAN fit don à l’Institut Pasteur de la moitié de son prix pour équiper un laboratoire plus grand et mieux adapté à ses recherches sur les protozoaires, et notamment sur les trypanosomes dont il était devenu un grand spécialiste.
À sa mort survenue à Paris le 18 mai 1922, après une longue maladie, LAVERAN était l’auteur d’au moins 600 publications scientifiques dont environ 400 concernaient les protozoaires: trypanosomes bien entendu, mais aussi toxoplasmidés, sarcocystinés, piroplasmes, coccidies, grégarinomorphes et myxosporidies. Il était également Officier de la Légion d’Honneur, membre de l’Académie de médecine (1893), membre de l’Académie des sciences (1901), fondateur et premier président de la Société de pathologie exotique (1908) et membre d’un très grand nombre de sociétés savantes françaises et étrangères dont la Royal Society of Tropical Medicine and Hygiene.

Nécrologie parue dans le Bulletin de la SPE (1922, T15, p. 373)

La mort de notre fondateur et Président honoraire, survenue le 18 mai, est un immense chagrin pour nous tous qui avions pour ce maître illustre une admiration profonde, mêlée de fierté patriotique et d’un religieux respect.
Pendant douze ans, à cette place, il a dirigé nos travaux avec l’autorité de son grand nom. Si notre société fut rapidement prospère, si elle s’est acquis dans le monde savant et auprès des pouvoirs publics un incontestable prestige, c’est à lui que nous en sommes redevables. Nous avons bénéficié de sa gloire.
Le deuil qui nous frappe si douloureusement est en même temps celui de l’humanité tout entière, car les travaux de Laveran, surtout sa grande découverte de l’hématozoaire du paludisme, ont puissamment contribué à améliorer les conditions d’existence des peuples.
Des millions d’hommes lui devront de pouvoir vivre, travailler, exploiter les richesses du sol dans les régions tropicales où ces richesses étaient jadis inaccessibles pour eux. Grâce à lui, d’immenses territoires sont désormais ouverts à la colonisation. Avant lui, personne n’avait soupçonné le rôle pathogène des hématozoaires, de sorte qu’il n’est pas exagéré de dire que l’oeuvre de Laveran apparaît aujourd’hui comme la plus importante en médecine et en hygiène après celle de Pasteur.
Cette oeuvre, admirable dans son unité et dans sa continuité, Laveran lui-même en a décrit la genèse et l’harmonieux développement dans la conférence qu’il dut faire à Stockholm lorsque l’Académie suédoise des Sciences lui attribua le Prix Nobel de médecine, en 1907.
Il est impossible de narrer avec plus de vérité et de simplicité l’histoire d’une des plus grandes découvertes des temps modernes:
En 1878, nous dit-il, après avoir terminé mon temps d’agrégation à l’École de médecine militaire du Val de Grâce, je fus envoyé en Algérie et chargé d’un service à l’hôpital de Bône. Un grand nombre de mes malades étaient atteints des fièvres palustres et je fus naturellement amené à étudier ces fièvres dont je n’avais observé en France que des formes rare et bénignes.
(…) J’eus l’occasion de faire l’autopsie de sujets morts de fièvre pernicieuse et d’étudier la mélanémie, c’est-à-dire la formation du pigment noir dans le sang des sujets atteints de fièvres palustres. La mélanémie avait été décrite par plusieurs observateurs, mais on n’était fixé ni sur la constance de cette altération dans le paludisme, ni sur les causes de la production du pigment.
Je fus frappé des caractères particuliers que présentaient les grains de pigment, en particulier dans les capillaires du foie et des centres cérébro-spinaux, et je cherchai à poursuivre, dans le sang des malades atteints de fièvre palustre, l’étude de la formation du pigment. Je trouvai dans le sang des leucocytes plus ou moins chargés de pigment, mais à côté des leucocytes mélanifères, des corps sphériques pigmentés, de volume variable, doués de mouvements amiboïdes, libres ou accolés à des hématies, des corpuscules non pigmentés formant des taches claires dans les hématies; enfin des éléments pigmentés en forme de croissants attirèrent mon attention; je supposai dès lors qu’il s’agissait de parasites.
En 1880, à l’hôpital militaire de Constantine, je découvris sur les bords des corps sphériques pigmentés, dans le sang d’un malade atteint de fièvre palustre, des éléments filiformes ressemblant à des flagelles qui s’agitaient avec une grande vivacité en déplaçant les hématies voisines; dès lors je n’eus plus de doutes sur la nature parasitaire des éléments que j’avais trouvés; je décrivis les principaux aspects sous lesquels se présente l’hématozoaire du paludisme, dans des notes adressées à l’Académie de Médecine et à l’Académie des Sciences (1880-1882) et dans un opuscule intitulé: Nature parasitaire des accidents de l’impaludisme, description d’un nouveau parasite trouvé dans le sang des malades atteints de fièvre palustre, Paris 1881.
Ces premiers résultats de mes recherches furent accueillis avec beaucoup de scepticisme.
En 1879, Klebs et Tommasi Crudeli avaient décrit, sous le nom de Bacillus malariae un bacille trouvé dans le sol et dans l’eau des localités palustres et bon nombre d’observateurs italiens avaient publié des travaux confirmatifs de ceux de ces auteurs.
L’hématozoaire que je donnais comme l’agent du paludisme ne ressemblait pas aux Bactéries; il se présentait sous des formes singulières; il sortait en un mot du cadre des microbes pathogènes connus, et beaucoup d’observateurs, ne sachant où le classer, trouvèrent plus simple de mettre en doute son existence.
En 1880, la technique de l’examen du sang était malheureusement très imparfaite, ce qui contribua à prolonger les discussions relatives au nouvel hématozoaire. Il fallut perfectionner cette technique et inventer de nouveaux procédés de coloration pour mettre en évidence la structure de l’hématozoaire.
Les recherches confirmatives des miennes, rares d’abord, se multiplièrent de plus en plus; en même temps qu’on découvrait, chez différents animaux, des parasites endoglobulaire ayant une grande analogie avec l’hématozoaire du paludisme. En 1889, mon hématozoaire avait été retrouvé dans la plupart des régions palustres; on ne pouvait plus mettre en doute ni son existence, ni son rôle pathogène.
Avant moi, de nombreux observateurs avaient cherché sans succès à découvrir l’agent du paludisme; j’aurais échoué également si je m’étais contenté d’examiner l’air, l’eau et le sol des localités palustres comme on l’avait fait jusqu’alors; j’ai pris comme base de mes recherches l’anatomie pathologique et l’étude in vivo du sang palustre, et c’est ainsi que j’ai pu arriver au but.
(…) Après la découverte du parasite du paludisme dans le sang des malades une importante question restait à résoudre: à quel état l’hématozoaire existait-il dans le milieux extérieur et comment l’infection se faisait-elle? La solution de ce problème a nécessité de longues et laborieuses recherches.
Après avoir tenté vainement de déceler le parasite dans l’air, dans l’eau ou dans le sol des localité palustres, et de le cultiver dans les milieux les plus variés, je suis arrivé à la conviction que le microbe se trouvait déjà en dehors du corps de l’homme, à l’état parasitaire, et très probablement à l’état de parasite des moustiques.
J’ai émis cette opinion dès 1884 dans mon Traité des fièvres palustres et j’y suis revenu à plusieurs reprises.
En 1894, dans un rapport au congrès international d’hygiène de Budapest sur l’étiologie du paludisme, j’écrivais: “Les insuccès des essais de culture m’ont conduit à croire que le microbe du paludisme vivait dans le milieu extérieur à l’état de parasite et j’ai soupçonné les moustiques qui abondent dans toutes les localités palustres et qui jouent déjà un rôle très important dans la propagation de la filariose”.
Cette opinion sur le rôle des moustiques était considérée à cette époque, par la plupart des observateurs, comme très peu vraisemblable.
Ayant quitté les pays palustres, il ne me fut pas possible de vérifier l’hypothèse que j’avais faite. C’est au Dr Ronald Ross que revient le mérite d’avoir démontré que l’hématozoaire du paludisme et un hématozoaire des oiseaux très voisin de Hoemamaeba malariae accomplissaient chez des Culicides plusieurs phases de leur évolution et étaient propagés par ces insectes.
R. Ross, dont les belles et patientes recherches ont été récompensées très justement, en 1902, par le Prix Nobel de médecine, a bien voulu reconnaître, dans plusieurs de ses écrits, qu’il avait été utilement guidé par mes inductions et par celles de P. Manson.
Aujourd’hui, les transformations que subit l’hématozoaire du paludisme dans les moustiques du genre Anopheles sont bien connues et aucun doute n’est plus possible sur le rôle de ces insectes dans la propagation du paludisme.
(…) Avant la découverte de l’hématozoaire du paludisme, on ne connaissait aucun hématozoaire endoglobulaire pathogène; aujourd’hui, les Hoemocytozoa constituent une famille importante par le nombre des genres et des espèces et par l rôle que quelques-uns de ces Protozoaires jouent en pathologie humaine ou vétérinaire.
L’étude des hématozoaire endoglobulaires, en portant l’attention des médecins et des vétérinaires sur l’examen du sang dans les régions intertropicales, a préparé la découverte des maladies à trypanosomes qui constituent, elles aussi, un nouveau et très important chapitre de la pathologie.
La connaissance de ces agents pathogènes nouveaux a jeté une vive lumière sur un grand nombre de questions naguère obscures. Les progrès réalisés montrent une fois de plus combien juste est le célèbre axiome formulé par Bacon: Bene est scire, per causas scire.
J’ai tenu à reproduire ces pages. Tout commentaire, toute analyse en eussent altéré l’immortelle beauté.
Les autres travaux que Laveran a tous poursuivis dans son laboratoire de l’Institut Pasteur sur les protozoaires sanguicoles, et particulièrement sur les trypanosomiases, n’ont fait qu’accroître sa renommée d’investigateur scrupuleux, persévérant, sagace et de parfait technicien.
Notre Bulletin eut la primeur de quelques-uns d’enter eux. Beaucoup ont été faits avec son excellent collaborateur le professeur Mesnil, dont l’élection à l’Académie des Sciences fut sa dernière joie.
Quelques semaines avant sa mort, alors que, depuis longtemps, il ne se faisait aucune illusion sur l’issue inexorable de la maladie dont il se sentait atteint, il travaillait encore, gardant par son fidèle Léon Breton et par son élève le Dr Franchini le contact avec son laboratoire où il n’avait plus la force d’aller.
La vie de Laveran fut toute de labeur. Son histoire se confond avec celle de ses travaux. Ceux d’entre nous qu’il honorait de son amitié savaient que, sons des dehors un peu réservés et distants, il cachait une grande sensibilité d’âme. Il avait un caractère d’une inflexible droiture, une parole lente et réfléchie, avec des mots toujours justes que n’accompagnait aucun geste solennel. Sa physionomie, son regard clair, reflétaient la sérénité et l’honnêteté de son intelligence. Il entourait ses recherches d’une discrétion silencieuse, jusqu’au moment où il se décidait à les publier.
Les journalistes frappaient vainement à sa porte. Il n’accordait jamais d’interviews. Aussi le public le connaissait-il à peine et il n’en avait cure!
Longtemps il a souffert de l’indifférence, de l’hostilité ou du dédain avec lesquels on accueillait ses découvertes. L’ignorance et l’ingratitude des chefs militaires qui lui barraient obstinément l’accès des plus hauts grades de l’armée lui furent surtout pénibles. Mais il eut sa revanche, et combien glorieuse! L’Institut Pasteur lui offrit un laboratoire, l’Académie des sciences, la Royal Society de Londres, toutes les associations scientifiques du monde s’empressaient de l’accueillir et de l’honorer. L’Institut Carolin lui attribuait le Prix Nobel et l’Académie de médecine voulait qu’il fut le Président de son centenaire!
Les savants de l’avenir réserveront à sa mémoire d’encore plus grands hommages car son oeuvre apparaîtra plus magnifique et plus féconde avec le recul des siècles.
Pour ce qui est de nous, mes chers Collègues, qui formions, avec l’admirable compagne de notre Maître, avec sa soeur qu’il adorait, et avec l’Institut Pasteur, sa vraie famille, le nom immortel de A. Laveran restera la raison d’être de notre existence. Son esprit demeurera près de nous. Pour la foule de nos successeurs qui, dans l’avenir, auront à moissonner les récoltes dont nous lui devons la semence, il restera le flambeau qu’on suit à travers les ombres pour chercher, à tâtons, la vérité !