Plus de 200 millions de femmes victimes dans le monde, 30 millions de filles à risque de les subir dans les 10 prochaines années. Une association, Combattre l’excision, aide les professionnels de santé.

 

En plus des 200 millions de femmes contemporaines qui en ont été victimes (4), 91,5 millions de femmes et de filles de plus de 9 ans vivent actuellement avec des complications liées à des mutilations génitales féminines (MGF) ! La pratique est fortement concentrée dans les pays d’Afrique subsaharienne et concerne aussi certaines communautés au Yémen, en Égypte, au Kurdistan, en Iran, en Indonésie, en Malaisie, en Colombie et en Inde. À titre d’exemple, l’Unicef estime la prévalence à 49 % des filles âgées de 0 à 14 ans vivant en Indonésie (5).

Compte tenu des flux migratoires importants, les MGF existent aussi en Europe, en Amérique du Nord et en Australie. En Europe, on estime à 500 000 le nombre de femmes migrantes de première génération ayant subi une MGF. La moitié vivrait en France ou au Royaume-Uni (6). En France, au milieu des années 2000, une première mesure indirecte estimait qu’environ 60 000 femmes adultes avaient subi une forme de MGF (7). Il a été estimé qu’au début des années 2010, environ 125 000 femmes adultes excisées vivaient en France. Ce doublement en 10 ans s’explique à la fois par la féminisation de la population migrante et par le vieillissement des « deuxièmes générations » (8). Aujourd’hui en France, les MGF touchent des femmes migrantes mais aussi des filles et des femmes nées en France de parents originaires de pays où les MGF sont pratiquées. La pratique a fortement diminué en France depuis qu’elle est considérée comme un crime. Malgré cela, les MGF continuent à être pratiquées lors d’un séjour temporaire dans le pays d’origine de la famille.

Dans une étude menée en 2015 auprès de 60 médecins généralistes et 52 praticiens spécialistes du voyage, seulement 24% des professionnels disaient avoir reçu un enseignement universitaire sur la question des MGF, alors que près de 43% des professionnels interrogés rapportaient avoir déjà été confrontés à une situation de MGF ou à un risque pour un enfant. Seulement un tiers des professionnels disait examiner les enfants se rendant dans un pays à risque, majoritairement les médecins généralistes (9). De nombreuses occasions de repérage sont donc manquées, probablement par défaut de formation (10). Cela peut conduire à des échanges maladroits entre les professionnels et les femmes, avec des expériences vécues comme discriminantes pour les femmes (11). Les professionnels de santé déclarent être concernés par le sujet mais manquer de formation et de connaissances solides, ce qui crée un frein à la discussion avec les femmes ayant subi une MGF avec un risque d’incompréhension au niveau culturel et de manque de communication (11,12).

Nous nous sommes donc demandé comment participer à la formation des professionnels. Il semble d’après l’étude citée plus haut que les professionnels sont concernés et comprennent que ce sujet doit être abordé en consultation mais ne sont pas à l’aise pour poser la question et manquent d’outils pratiques de consultation (9).

C’est dans ce contexte que l’association Combattre l’excision a été créée. Sa raison d’être est de fournir aux professionnels de santé des outils pour leurs consultations afin de faciliter le dialogue avec les familles. L’association met à disposition des documents d’information pour les patients, des cartes de la répartition épidémiologique des MGF, des vulves en silicone permettant d’expliquer en consultation les différents types d’excision (cf. http://combattrelexcision.org/).

Par ailleurs, une formation appelée FAM1, destinée aux acteurs de médecine des voyages, a été créée en 2020. Nous avons souhaité transférer aux professionnels des compétences en termes de connaissances mais aussi et surtout en termes de savoir-faire et de savoir être : comment aborder la question ? Que proposer aux familles ? Comment se sentir à l’aise avec cette question et faire preuve d’écoute, de bienveillance, de non-jugement et d’empathie pour pouvoir comprendre et accompagner les femmes ?

Pour cela, nous avons impliqué directement des femmes concernées et des professionnels pour élaborer de la formation : nous avons réalisé des focus groupes de femmes excisées en leur demandant si elles avaient déjà abordé le sujet en consultation avec un professionnel de santé, si cela avait été une bonne ou une mauvaise expérience et quels seraient les conseils à transmettre aux professionnels pour mettre à l’aise la patiente et libérer la parole. Elles ont partagé leurs expériences douloureuses dans les échanges avec les professionnels. Elles regrettaient que le sujet ne soit pas abordé et que cela ne vienne pas directement du professionnel, plutôt que d’elles, avec les difficultés que cela représente. Elles attendaient des médecins, des infirmières, d’aborder le sujet pour leur permettre de s’ouvrir.

Compte tenu des flux migratoires importants, les MGF existent aussi en Europe, en Amérique du Nord et en Australie. En Europe, on estime à 500 000 le nombre de femmes migrantes de première génération ayant subi une MGF. La moitié vivrait en France ou au Royaume-Uni (6). En France, au milieu des années 2000, une première mesure indirecte estimait qu’environ 60 000 femmes adultes avaient subi une forme de MGF (7). Il a été estimé qu’au début des années 2010, environ 125 000 femmes adultes excisées vivaient en France.

Les mutilations génitales féminines (MGF) ont été définies par l’OMS en 1997 comme « toutes les interventions aboutissant à une ablation totale ou partielle des organes génitaux externes de la femme ou toute autre mutilation des organes génitaux féminins pratiquées à des fins non médicales » (1). Les MGF n’ont aucun bénéfice sur la santé et entraînent des complications physiques et psychosexuelles à court et à long terme (infections génitales et urinaires, complications obstétricales et néonatales, dyspareunie, douleurs vulvaires chroniques, kystes vulvaires) (2). Elles sont considérées comme un héritage culturel, un évènement social dans la vie de la femme mais aussi comme l’assurance d’être intégrée et respectée dans la communauté puisqu’elles sont la garantie d’un futur mariage (3).

Ce doublement en dix ans s’explique à la fois par la féminisation de la population migrante et par le vieillissement des « deuxièmes générations » (8). Aujourd’hui en France, les MGF touchent des femmes migrantes mais aussi des filles et des femmes nées en France de parents originaires de pays où les MGF sont pratiquées. La pratique a fortement diminué en France depuis qu’elle est considérée comme un crime. Malgré cela, les MGF continuent à être pratiquées lors d’un séjour temporaire dans le pays d’origine de la famille.

Nous avons ensuite réalisé des entretiens qualitatifs avec les professionnels de médecine des voyages pour connaitre leurs freins et leurs résistances à aborder le sujet.

A la lumière de ce matériel, nous avons élaboré une formation en deux jours avec une approche de développement relationnel utilisant des outils pédagogiques innovants afin de travailler avec les professionnels pour comprendre leurs freins, leurs difficultés, leurs ressentis et émotions ainsi que leurs croyances autour de cette question. Nous avons transmis des connaissances mais aussi travaillé sur la gestion des émotions en consultation et l’intelligence relationnelle, au service de l’échange entre professionnels et femmes mais aussi d’humain à humain. Nous pensons ainsi avoir transmis des outils concrets pour permettre d’ouvrir le dialogue.

Les informations sont à retrouver sur : https://fondation-nehs.com/projet/formation-socioanthropologique-depistage-mutilations-genitales/. Les trois sessions de formation programmées d’ici octobre 2021 à Paris sont déjà complètes mais d’autres seront proposées prochainement. Si cette formation vous intéresse, vous pouvez nous contacter par mail directement à [email protected]

Dr Claire Tantet, Service de maladies infectieuses et tropicales. Parcours de santé sexuelle. Hôpital Avicenne et hôpital Bichat. Présidente de l’association Combattre l’excision

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  1. WHO, UNICEF, Fund UNP. Female genital mutilation : a joint WHO/UNICEF/UNFPA statement. Les Mutilations sexuelles féminines : déclaration commune OMS/UNICEF/FNUAP [Internet]. 1997 [cited 2018 Aug 1]; Available from: http://apps.who.int/iris/handle/10665/41903
  1. WHO. Care of girls and women living with female genital mutilation: a clinical handbook. 2018;
  1. WHO. Global strategy to stop health-care providers from performing female genital mutilation. WHO [Internet]. 1997 [cited 2018 Aug 1]; Available from: http://www.who.int/reproductivehealth/publications/fgm/rhr_10_9/en/
  1. End FGM EU Network, US End FGM/C Network, Equality Now. Female genital mutilation/cutting: a call for a global response [Internet]. 2020 [cited 2020 Oct 26]. Available from: https://www.endfgm.eu/editor/files/2020/03/FGM_Global_-_ONLINE_PDF_VERSION_-_06_2.pdf
  1. UNICEF. Female genital mutilation/cutting: a global concern [Internet]. 2016 [cited 2018 Aug 1]. Available from: https://www.unicef.org/media/files/FGMC_2016_brochure_final_UNICEF_SPREAD.pdf
  1. Van Baelen L, Ortensi L, Leye E. Estimates of first-generation women and girls with female genital mutilation in the European Union, Norway and Switzerland. Eur J Contracept Reprod Health Care Off J Eur Soc Contracept. 2016 Dec;21(6):474–82.
  1. Andro A, Lesclingand M, Cambois E, Cirbeau C. Excision et Handicap (ExH): Mesure des lésions et traumatismes et évaluation des besoins en chirurgie réparatrice. 2009.
  1. Lesclingand M, Andro A, Lombart T. Estimation du nombre de femmes adultes ayant subi une mutilation génitale féminine vivant en France. Bull Épidémiologique Hebd [Internet]. 2019 [cited 2020 Jan 12];(21). Available from: http://beh.santepubliquefrance.fr/beh/2019/21/2019_21_1.html
  1. Tantet C, Aupiais C, Bourdon M, Sorge F, Pagès A, Levy D, et al. Female genital mutilation: an evaluation of the knowledge of French general and specialized travel medicine practitioners. J Travel Med. 2018 Jan 1;25(1).
  1. Abdulcadir J, Dugerdil A, Boulvain M, Yaron M, Margairaz C, Irion O, et al. Missed opportunities for diagnosis of female genital mutilation. Int J Gynaecol Obstet Off Organ Int Fed Gynaecol Obstet. 2014 Jun;125(3):256–60.
  1. Evans C, Tweheyo R, McGarry J, Eldridge J, Albert J, Nkoyo V, et al. Seeking culturally safe care: a qualitative systematic review of the healthcare experiences of women and girls who have undergone female genital mutilation/cutting. BMJ Open. 2019 May 1;9(5):e027452.
  1. Dawson AJ, Turkmani S, Varol N, Nanayakkara S, Sullivan E, Homer CSE. Midwives’ experiences of caring for women with female genital mutilation: Insights and ways forward for practice in Australia. Women Birth J Aust Coll Midwives. 2015 Sep;28(3):207–14.